Écoute Partage Parole

Ecoute et partage la Parole avec ton coeur
 
PortailAccueilS'enregistrerConnexion
Partagez
 

 Retour/''Refus médical de l'euthanasie''

Aller en bas 
AuteurMessage
doucecolombe

doucecolombe

Féminin Nombre de messages : 21140
Age : 62
Réputation : 12
Date d'inscription : 07/05/2008

Retour/''Refus médical de l'euthanasie'' Empty
MessageSujet: Re: Retour/''Refus médical de l'euthanasie''   Retour/''Refus médical de l'euthanasie'' Icon_minitimeJeu 26 Juin - 1:56

Retour/''Refus médical de l'euthanasie'' 702661

PROJET DE LOI 52 
« LOI CONCERNANT LES SOINS DE FIN DE VIE » 
  MÉMOIRE PRÉSENTÉ À 
LA COMMISSION DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX 
 
 Déposé devant la Commission de la santé et des services sociaux 
24 septembre 2013 
CSSS – 020M 
C.P. – P.L. 52 
Loi concernant les 
soins de fin de vie.


''Collectif de médecins du refus médical de l'euthanasie''
''Introduction'' 
Le Collectif de médecins du refus médical de l’euthanasie tient à remercier les membres de la Commission de la santé et des services sociaux de l’avoir invité à venir les rencontrer et de lui donner ainsi l’occasion d’exposer sa réaction au dépôt du projet de loi 52, Loi concernant les soins de fin de vie.

Le Collectif a vu le jour en 2012 et compte déjà 593 médecins membres : 473 issus des quatre coins du Québec et œuvrant dans divers domaines médicaux, et 120 venus d’ailleurs (voir Annexe 1). Extrêmement préoccupés par l’évolution du dossier de la fin de vie, ils sont effrayés à l’idée qu’il devienne légal de tuer des patients. 

C’est pourquoi ils ont signé notre Manifeste « Soigner toujours. Donner la mort jamais » (voir Annexe 2). Plus de 10 000 citoyens et citoyennes ont également signé un formulaire d’appui à leurs médecins pour marquer leur opposition à l’acharnement thérapeutique et à toute légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté, et leur désir de promouvoir les soins palliatifs. La liste de leurs noms est déposée en même temps que ce mémoire. Nous sommes ici au nom de tous les médecins ordinaires qui sont très inquiets du sort de leurs patients advenant l’adoption du projet de loi 52. Nous croyons que ce projet de loi n’est pas digne du Québec et doit être abandonné. Pour répondre à la peur de mal mourir de nos concitoyens, il existe assurément des solutions plus humaines. 

 ''Sentiments partagés'' 
Si,d’entrée de jeu, nous avons été heureux de constater la place importante accordée aux soins palliatifs par le projet de loi 52, nous avons vite déchanté en constatant que le législateur avait dénaturé les soins palliatifs en y intégrant l’aide médicale à mourir – un euphémisme utilisé pour cacher la réalité mortifère de l’euthanasie. En effet, bien que l’aide médicale à mourir ne soit pas définie, il suffit 
de lire l’article 63 pour comprendre qu’il s’agit « d’administrer le médicament ou la substance permettant d’obtenir l’aide médicale à mourir » – une définition qui ressemble étrangement à celle que donne de l’euthanasie l’Académie américaine de médecine de la douleur : « L’administration intentionnelle d’une substance létale pour cause la mort ». Pour sa part, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) établit clairement que les soins palliatifs n’accélèrent pas ni ne retardent le moment naturel du décès

Citation à retenir:Le projet de loi 52 consacre par ailleurs le droit de toute personne d’obtenir l’euthanasie (aide médicale à mourir),mais il assujettit le droit d’obtenir des soins palliatifs aux limites des ressources humaines, matérielles et financières des établissements (Art 5).Or,l’euthanasie ne coûte que quelques dollars alors que les soins palliatifs entraînent des coûts de personnel et d’infrastructures qui sont loin d’être négligeables. C’est pourquoi nous affirmons que ce projet consacre la marginalisation des soins palliatifs pour ne pas dire leur disparition progressive. 

Cette réflexion du docteur Jean-Marc Lapiana, directeur de la Maison de soins palliatifs de Gardanne (France), en dit long à cet égard : «Si nous sommes opposés à une légalisation de l’euthanasie, ce n’est pas pour des raisons morales ou religieuses, mais parce que si nous avions la possibilité légale de tuer nos patients, moi-même et l’équipe avec laquelle je travaille ne nous donnerions pas tout le mal que nous nous donnons pour essayer de trouver des solutions à des situations difficiles.» 

Citation à retenir:En tout respect, il est important de souligner ici que la plupart des personnes qui font la promotion du projet de loi 52 ne sont pas médecins.C’est le cas,entre autres, de l’honorable Véronique Hivon  et de Me Jean-Pierre Ménard.''

Quant aux médecins qui prennent la parole au nom du Collège des médecins et des fédérations médicales, le plus grand nombre n’est pas impliqué dans les soins cliniques auprès de patients inaptes ou en fin de vie; peu sont médecins traitants de patients hospitalisés vulnérables en soins aigus ou de longue durée ; le Dr Barrette, par exemple, est radiologiste et le Dr Yves Robert travaille à plein temps pour le CMQ depuis de nombreuses années. Ces personnes minimisent les dangers d’abus et de dérives. 

 Citation à retenir:Par contre, les médecins qui travaillent sur le terrain et qui accompagnent les malades, les mourants et leurs familles jour après jour savent mieux que quiconque ce qui se passe en fin de vie. Parce qu’ils voient clairement les risques liés à l’euthanasie, 90% des médecins experts en soins palliatifs s’opposent farouchement à la légalisation de cette pratique.Dans un article récemment publié dans le quotidien La Presse (7 septembre 2013), le Dr Balfour Mount, fondateur des soins palliatifs en Amérique du Nord, et les Drs Manuel Borod et Bernard Lapointe, spécialistes reconnus en soins palliatifs, ont cherché à faire réfléchir leurs concitoyens en écrivant>>

Citation à retenir:« >>Si nous avions pour projet de construire un pont et que 90% des ingénieurs pensaient que sa Marie de Hennezel, Nous voulons tous mourir dans la dignité, Robert Laffont/Versilio, 2013. Toutes les citations incluses dans ce mémoire et pour lesquelles nous n’indiquons que les pages proviennent de cet ouvrage. conception était dangereuse, cela provoquerait l'indignation du public. Alors, pourquoi le projet de loi 52 auquel s'opposent une grande majorité des intervenants en soins palliatifs ne soulève-t-il pas la même indignation? » 

 ''Quelle urgence ?''
Une autre question se pose : quelle urgence y a-t-il à légiférer si radicalement? Il y a tant à faire avant même de penser à légaliser l’euthanasie : augmenter l’accès aux soins palliatifs; améliorer les soins dans les hôpitaux, où les patients se sentent souvent dépaysés et abandonnés; améliorer les soins de longue durée et en faciliter l’accès; donner aux médecins et aux autres membres du personnel en santé une formation solide sur le contrôle de la douleur, sur les soins et les décisions de fin de vie; aider les patients à prévoir ces questions (ex. : directives anticipées), etc. 

 
Citation à retenir:Tuer un patient est beaucoup plus facile que de le soigner et de l’accompagner jusqu’à ce que survienne naturellement et paisiblement sa mort. Plus facile que de dialoguer avec le patient et sa famille en abordant leurs craintes. Plus facile et moins dispendieux que de rendre des soins palliatifs de qualité disponibles à tous ceux qui en ont besoin. Plus facile que de rendre les soins de longue durée accessibles et humains.Plus facile aussi que de guérir le système de santé. 

 ''Face au patient angoissé'' 
Citation à retenir: Si certains sondages révèlent que le public québécois est largement favorable à l’aide médicale à mourir, c’est que la confusion perdure au sujet des droits que nous possédons déjà :droit de refuser un traitement ou de le faire interrompre, droit de refuser toute forme d’alimentation, d’hydratation ou de ventilation.Personne ne souhaite être victime d’acharnement thérapeutique. Certains souhaiteront plutôt mourir parce qu’ils ont peur de souffrir de douleurs incontrôlables, peur d’être vieux et malades, peur de cette grosse machine qu’est le système de santé, où on se sent si impuissant, et peur de mal mourir. 

Pourquoi ne pas leur dire que la médecine a aujourd’hui la capacité de contrôler presque toutes les douleurs physiques et qu’il est déjà permis d’offrir une sédation palliative dans les autres cas.Non pas une sédation terminale – un acte létal – qui selon l’étude du professeur Chochinov de Winnipeg, 80% des personnes qui réclament la mort ont des douleurs mal soulagées et 60% sont gravement déprimées provoque volontairement la mort en peu de temps, mais une sédation palliative qui est titrée de façon à rendre le malade confortable.

Citation à retenir:Face à un patient angoissé qui a perdu l’estime de lui-même, qui a honte de son allure dégradée et qui a le sentiment d’être un poids pour les autres, voulons-nous dire par nos gestes et notre attitude : « Tu as raison : tu ne vaux plus rien. Puisque tu penses que ta vie est désormais inutile et que tu coûtes cher au système de santé, et puisque tu souffres de solitude, nous t’aiderons à mourir rapidement si tu nous le demandes »? Ou voulons-nous lui redonner confiance et l’apaiser pour le temps qui lui reste à vivre en osant nous mettre à son écoute en dépassant nos propres peurs? 

 (Harvey M. Chochinov (dir.),Handbook of Psychiatry in Palliative Medicine, Oxford University Press, 2012). 

 ''Balises inefficaces'' 

Citation à retenir:Nous savons à quel point une personne peut devenir vulnérable et influençable quand elle est malade. Ne nous faisons pas d’illusions : si nous légalisons l’euthanasie, il y aura des euthanasies sans consentement réel.Des patients donneront peut-être leur consentement,mais ce sera souvent par crainte de la souffrance,parfois en cédant à la pression de tierces personnes,parfois à cause d’un sentiment de culpabilité à l’idée d’occuper un lit d’hôpital, alors qu’il en manque tellement, ou de déranger les personnes de la famille.

Citation à retenir:Ces scénarios se vérifient en Belgique et au Pays-Bas.Ce n’est pas vrai que tout s’y passe bien. En Belgique, où des balises soi-disant sévères (très semblables à celles proposées par le projet de loi 52) ont été mises en place au moment de légaliser l’euthanasie, on veut aujourd’hui en élargir l’accès aux mineurs et aux personnes démentes.Mais le plus tragique est sans doute le changement de mentalité qui s’est opéré dans ce pays : désormais, on ne considère plus la mort par euthanasie comme une exception, mais comme un droit. 

Citation à retenir:En 2009, l’ONU a pour sa part pointé du doigt les Pays-Bas, inquiète du nombre élevé d’euthanasies qui s’y pratique : «Tout se déroule comme si la légalisation augmentait la permissivité et la tolérance envers l’acte euthanasique à la fois chez les médecins et chez certains malades. Bref, une fois institutionnellement et officiellement approuvée et pratiquée, l’euthanasie développe sa propre dynamique et résiste à toutes les procédures de surveillance sensées la contenir. » 

''Comme médecins, nous savons…''
Le projet de loi 52 justifie l’euthanasie d’un patient qui éprouverait « des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions qu’elle juge tolérables». 

Citation à retenir:Comme médecins, nous savons qu’il n’existe pas de définition scientifiquement acceptée de la souffrance insupportable ; il en existe encore moins pour la souffrance psychique. Veut-on avaliser à peu près n’importe quel motif exprimé subjectivement par le patient pour lui donner la mort ? Et quand à la possibilité de laisser le patient lui-même décider si ce qu’on lui propose est « tolérable », c’est fournir un outil très dangereux à quelqu’un qui est très vulnérable, fragile et facilement manipulable. Comme médecins, nous savons qu’une fois aboli l’interdit de tuer, la confiance réciproque à la base de la relation patient-médecin est ébranlée, sans parler de l’effet néfaste sur la psychè du médecin qui donnerait la mort de façon préméditée, avec l’aval de la loi.Car l’euthanasie désensibilise le médecin face à l’acte de donner la mort, et le place en conscience dans une situation de souffrance éthique,iraillé entre la bienfaisance (accompagner sans acharnement thérapeutique) et l’autonomie (mettre fin à la vie du patient sur demande). 

Citation à retenir:Le Dr Bernard Lapointe, résume bien ce danger : «Nous médecins, nous savons que ce pouvoir que nous avons est dangereux. Que se passera-t-il le jour où la loi nous autorisera à tuer? Nous perdrons la confiance de nos patients, qui est la base de notre travail. Sans cette confiance, notre profession sera détruite » (p.79). Comme médecins, nous savons que le projet de loi 52 n’offre que l’illusion du contrôle, du choix et de la dignité. En effet, ce n’est pas vaincre la mort que de la devancer. Rien ni personne ne peut efficacement contrôler la mort. C’est le médecin qui décidera quand et comment le patient mourra; paradoxalement, l’autonomie supposée absolue du patient deviendra le tremplin du renforcement du paternalisme médical. Le médecin posera le diagnostic d’incurabilité, validera « la douleur intolérable », décidera de l’aptitude du patient, remplira les formulaires pré et post-mortem, et posera le geste qui donnera la mort. 

Citation à retenir:Quant à parler de choix, une question se pose : quel choix est vraiment libre, surtout dans le contexte du choix de sa propre mort? Choisir de mourir est toujours illusoire, car ce choix n’est qu’un acte symbolique face à une réalité implacable : nous allons tous mourir. Pour ce qui est de « prendre le contrôle » et d’estimer que recevoir une euthanasie donne à la mort sa dignité, rappelons-nous que la mort détruit la personne, source de dignité. Le mourant est toujours un vivant, une personne avec la dignité et le «respect dû à tout être humain du simple fait qu’il est humain » (Paul Ricoeur).«La dignité ne saurait se réduire à n’être qu’une convenance personnelle ou résulter du regard empirique porté par autrui, ou encore se confondre avec la libre disposition de soi » (Jacques Ricot, 2006). 

 ''Comme médecins, nous craignons…''
Comme médecins, nous craignons aussi une instrumentalisation des psychiatres 
qui seront pris au piège de la double allégeance : loyauté envers le patient versus la tâche qui leur sera confiée par l’État. Il faut savoir qu’il n’existe pas de critères scientifiquement reconnus pour évaluer l’aptitude spécifique d’une personne à consentir à recevoir la mort pour elle-même à sa demande. Aucune décision de jurisprudence n’a validé ces critères dans ces cas précis. 


Citation à retenir:Comme médecins, nous sommes consternés par le fait que le projet de loi 52 rend impossible l’objection de conscience. Oui, nous pourrons refuser d’euthanasier un patient, mais nous serons obligés de le référer au DSP qui se chargera de trouver un médecin prêt à poser ce geste. Cette complicité est une négation évidente de notre liberté de conscience. Et que dire de l’obligation qui sera faite aux institutions de collaborer à la mise place et à la mise en œuvre de ce programme ? 
 
''Comme médecins, nous refusons…''
Il semble que le Québec cherche à tout prix à devenir un précurseur dans ce domaine au Canada, malgré le fait que 60% des mémoires déposés à la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité aient été opposés à l’euthanasie, tout comme la grande majorité des médecins qui s’y sont exprimés. 


Citation à retenir:Comme médecins, nous refusons la violence euthanasique, l’abus ultime contre les plus vulnérables. Nous rappelons, à l’instar de Claude Évin, ministre socialiste de la Santé de Michel Rocard (1988-1991), et du professeur Puybasset, chef de neuroréanimation à la Pitié-Salpêtrière, que légaliser l’euthanasie revient en pratique à « exiger du personnel soignant qu’il donne activement la mort, c’est-à-
dire qu’il arrête le cœur du malade pour traiter sa souffrance […] C’est en réalité un geste d’une grande violence qui n’apaise pas la fin de vie des patients et de  leurs proches, mais qui, au contraire, multiplie les deuils pathologiques et génère une division des équipes soignantes. […] 

 ''Nommons les choses par leur nom''
« Nommons les choses par leur nom. Se prononcer en faveur de l’euthanasie consiste désormais à vouloir légaliser l’injection létale de barbituriques et de curares. (…) Ce que l’on présente comme une idée progressiste, qui pouvait encore faire illusion dans les années 1970 lorsque les moyens de lutte contre la 
douleur étaient limités et les médecins enfermés dans la toute-puissance, est un concept devenu archaïque. » Tuer n’est pas un soin. 


Citation à retenir:Tuer le patient, même à sa demande, est une faute éthique grave dans une société qui se veut civilisée. Comme médecins, nous affirmons enfin que l’euthanasie est une injustice. Non seulement pour les malades, pour leurs familles, pour les soignants et pour la 
société, mais aussi pour les autorités (médecins, hôpitaux, ministère, état) qui seront placés en conflit d’intérêt avec le malade quand donner la mort deviendra une économie d’efforts, de temps et d’argent. 

 ''Mise en garde d’une psychologue''

Citation à retenir:Nous ne pouvons pas ignorer l’impact dramatique que peut avoir sur nous le choix d’euthanasier un patient. Marie de Hennezel, psychologue, psychothérapeute et auteure française, en parle avec éloquence : « Beaucoup de médecins tiennent à la différence d’ordre éthique entre soulager au risque d’abréger la vie et arrêter activement la vie. On dit que cette différence est illusoire, voire hypocrite, puisque le résultat est le même. Effectivement, il l’est, mais pas le vécu du médecin : dans un cas, il a le sentiment de ne pas trahir sa vocation qui est de soulager, dans l’autre cas, il a l’impression d’exécuter son patient. Je ne vois pas au nom de quoi on négligerait cette subjectivité des soignants. 

« En tant que psychologue, j’ai reçu depuis vingt ans bien des confidences de médecins et d’infirmières ayant euthanasié un patient. Je peux attester de la violence que représente cet acte radical : les gens font des cauchemars pendant longtemps et certains, hanté par le dernier regard de celui ou celle à qui ils ont donné la mort, traînent des dépressions qui n’en finissent pas. Il faut prendre conscience du poids que cela peut représenter pour eux » (p. 78-79). Marie de Hennezel poursuit : « 

Citation à retenir:Pourquoi les professionnels de la santé ne savent-ils pas dire au malade combien sa demande de mort les bouleverse et leur fait violence? Chaque fois que j’entends un militant de l’ADMD s’offusquer qu’un médecin «confisque» au mourant la liberté de choisir le moment de la mort, j’ai envie de lui demander s’il pense sincèrement que le mourant a tous les droits, et notamment celui de faire violence au médecin en l’obligeant à le tuer ou en lui reprochant de ne pas le faire. Le fait d’être un grand vieillard ou un malade en fin de vie ne donne pas le droit de culpabiliser à outrance ou d’exiger d’une autre un acte grave dont il portera longtemps la trace » (p. 83-84). 

''La violence la plus terrible'' 
Citation à retenir:Certains craignent que les membres de la Commission de la santé et des services sociaux ne se laissent influencer par les « bien-pensants », par les soi-disant « dérives idéologiques », les « fausses représentations » et « l’orthodoxie religieuse » des personnes qui s’opposent à ce projet de loi. Quant à nous, qui fondons notre opposition au Projet de loi 52 et à toute éventuelle légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté sur notre respect inconditionnel de la dignité inaliénable de tout être humain, nous préférons croire en votre ouverture d’esprit, en votre discernement et en appeler à votre humanité. Nous osons espérer que vous saurez résister aux pressions de ce « petit nombre d’intellectuels encore bien-portants, obsédés par le désir de maîtriser leur mort, fort habiles par ailleurs à jouer sur les peurs légitimes de leurs contemporains pour obtenir une large assise à leurs revendications individualistes » (p. 37) 

Comme l’ancien président français François Mitterrand, nous sommes convaincus que «nul ne peut retirer la vie à autrui dans une démocratie».L’interdiction d’homicide, même par compassion, appartient à la conscience morale commune à toutes les cultures et toutes les époques; elle ne doit pas être confondue avec la religion. D’ailleurs, tous les médecins euthanasistes rencontrés en Belgique ont insisté pour affirmer que cet acte est le plus difficile qu’ils aient pratiqué dans toute leur vie. Le Dr Luc Sauveur ajoute même que donner la mort à un patient constitue la violence la plus terrible dont il ait été témoin. 

Citation à retenir:Rappelons aussi les propos du Dr Dominique Lossignol, promoteur de l’euthanasie en Belgique, qui affirmait: « Le patient, lorsqu’il fait une demande d’euthanasie est, en général, bien contrôlé pour ses douleurs. Et, on comprend bien. Si vous imaginez que quelqu’un qui a mal et qui me demande : « Docteur, aidez-moi à mourir, j’ai trop mal » et que j’accède à sa demande sans traiter sa douleur, je commets une faute professionnelle majeure. » Or, le Projet de loi 52 va beaucoup plus loin en permettant, par son article 7, à un patient de demander l’euthanasie même s’il a refusé d’autres soins de fin de vie pour soulager sa douleur, comme les soins palliatifs. Si l’Assemblée nationale du Québec adopte ce projet de loi, alors que des milliers de Québécois terminent leur vie dans la douleur non soulagée par manque de services et manque de formation des professionnels de la santé, c’est elle qui commettra alors une faute majeure.Nous soutenons que ce n’est pas le rôle de l’État d’organiser la mise à mort de citoyens et citoyennes qui veulent en finir. 

Citation à retenir:Pareille éventualité contredit les grandes valeurs québécoises de solidarité et d’égalité. Bien sûr, «il est plus facile, et économiquement plus intéressant, de légaliser l’injection létale que d’accorder à l’autre du temps, de l’attention, de l’entourer.» Mais d’ici un siècle, «on regardera peut-être en arrière en se disant qu’on était aussi aveuglé que dans un système totalitaire »

''Scénario inédit'' 
Citation à retenir:Si, à l’heure où il cherche à se donner une Charte des valeurs qui assurera l’unité et la paix sociale, le Québec devait s’engager dans cette voie, on pourra dire qu’il rejette définitivement les grandes valeurs humanistes qui ont jusqu’ici fondé notre vivre ensemble démocratique. Tout en souhaitant donc ardemment la mort du Projet de loi 52, nous proposons en terminant un scénario inédit au cas où la société québécoise décide d’autoriser l’euthanasie : «Pourquoi, puisque c’est un désir sociétal, ne pas demander aux membres de cette société d’y participer? Pourquoi ne pas demander à chacun d’entre nous, au nom de qui ce droit serait donné, de participer à cet acte d’euthanasie? Un citoyen tiré au sort, par exemple?»

Nous restons toutefois convaincus que la majorité des Québécois et Québécoises diraient « non » à une mort provoquée s’ils parvenaient à surmonter la confusion dans laquelle on les maintient et s’ils pouvaient compter sur des médecins à l’affût des dernières découvertes sur le contrôle de la douleur. 

Citation à retenir:C’est pourquoi nous vous invitons, ainsi que tous les élus du peuple, à réfléchir aux moyens d’humaniser réellement les soins de santé et l’hôpital – pour qu’on y meure dignement – plutôt que de chercher à anticiper ou à accélérer la mort des personnes qui souffrent de vivre dans un monde qui les considère de trop. L’auteur-compositeur Dan Bigras écrivait récemment : « La souffrance est sale. On ne la soigne plus, on la nettoie ». Si ce projet de loi est adopté, la preuve sera faite qu’on cherche à nettoyer notre société de cette souffrance sale qu’on ne veut plus accompagner jusqu’au bout. Propos du philosophe français Fabrice Hadjaj recueillis par Martine Lamoureux, La Croix, 28 juin 2011. 

 Dr Vianney Mourman, Le Monde, 14 décembre 2012). (Dr Vianney Mourman, Le Monde, 14 décembre 2012. faite qu’on cherche à nettoyer notre société de cette souffrance sale qu’on ne veut plus accompagner jusqu’au bout. 
 
''Culture palliative'' 
Parce qu’il est convaincu qu’une société civilisée doit assurer la sécurité de tous ses citoyens jusqu’à leur mort naturelle, le Collectif se joint à l’Association médicale mondiale, à l’American Medical Association et à l’Association médicale canadienne pour affirmer haut et fort que jamais les médecins ne doivent collaborer à une euthanasie. Ce geste ne saurait être qualifié de « soin » puisqu’il contredit les principes éthiques fondamentaux de la pratique médicale.Pour toutes les raisons évoquées dans ce mémoire, nous demandons au Gouvernement du Québec de retirer le projet de loi 52. Il ne fait aucune doute dans notre esprit que la solidarité manifestée par notre peuple à l’égard des plus démunis et des plus vulnérables – en particulier par la prévention du suicide – saura inspirer le législateur en vue du dépôt d’un autre projet de loi qui, respectueux de la véritable nature des soins palliatifs, en recommandera la mise en œuvre à travers tout le Québec.


Citation à retenir:Ainsi, tous les citoyens seront rassurés : jamais leurs médecins ne chercheront à prolonger indûment ou à abréger leurs jours. Jamais ils ne les feront mourir. Avec compassion, ils les accompagneront jusqu’au bout, en acceptant de les laisser mourir le temps venu. Parce que la vocation médicale est de soigner, de guérir parfois, de soulager souvent et de réconforter toujours en sauvegardant la vie, nous souhaitons que la culture palliative déjà adoptée par certains établissements devienne la règle générale pour que tous les médecins et tous les soignants apprennent à accompagner le mourant dans l’écoute et la compassion. La mort n’est l’échec de personne. C’est une réalité de notre commune humanité. 

Citation à retenir:L’interdit de donner la mort doit demeurer une barrière infranchissable dans un Québec démocratique. « Sommes-nous conscients du regard que nous portons sur les abîmés de la vie, de la force de mépris qu’il véhicule, du désespoir qu’il fait naître au cœur des malades, des âgés et qui les pousse en bout de course à préférer mourir que vivre? Cette préférence pour la mort, nous l’avons baptisée «mourir dans la dignité» (…) La vraie dignité, c’est celle qu’éprouve la personne fragile que l’on vient soigner avec tact et douceur, et qui sent à travers gestes et regards qu’elle a toujours sa place dans le monde des humains » (p. 22, 27). 

Dre Catherine Fr, médecin de famille et professeure adjointe de médecine familiale à l’Université McGill. Elle travaille depuis 30 ans à la clinique externe de la Division de gériatrie du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) où elle voit des patients souffrant de troubles reliés à l’âge avancée, surtout la démence, et où elle dirige la clinique d’évaluation de l’aptitude. Elle a œuvré en médecine familiale de première ligne à Ville Saint- Pierre pendant douze ans. 

Dr François Primeau, gérontopsychiatre et membre du Comité d’éthique de la recherche à l’Hôtel-Dieu de Lévis, et professeur agrégé de clinique à l’Université Laval qui compte plusieurs années d’expérience clinique et d’enseignement en gérontopsychiatrie et en éthique; reconnu comme un des fondateurs de la surspécialité de gérontopsychiatrie par le Collège Royal des médecins et chirurgiens du Canada, il a été nommé Fellow de l’Association des psychiatres du Canada en 2012 particulièrement pour son implication en éthique.

Dr Serge Daneault, médecin et chercheur à l'unité de soins palliatifs de l'hôpital Notre-Dame du CHUM, qui est professeur agrégé à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Ses recherches internationalement reconnues sur la souffrance en relation avec les services de santé l’ont mené en Belgique, en octobre 2012, où il a fait une tournée des milieux francophones où se pratiquent des euthanasies. 
''Voir aussi''
Revenir en haut Aller en bas
 
Retour/''Refus médical de l'euthanasie''
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Écoute Partage Parole :: Forum de Partage-
Sauter vers: