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| | | (3)-Pour alimenter notre désir d'aimer et de pardonner. | |
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Fanny Admin

Nombre de messages: 2439 Age: 65 Localisation: Auvergne Date d'inscription: 11/05/2007
 | Sujet: (3)-Pour alimenter notre désir d'aimer et de pardonner. Dim 22 Juin - 11:05 | |
| Tim Guénard est âgé de 40 ans, marié, père de 4 enfants. Apiculteur et compagnon du tour de France, il habite dans le Sud-ouest de la France où il accueille avec sa femme des personnes en difficulté. A travers son autobiographie, il nous dévoile l'itinéraire d'un enfant perdu, et retrouvé. Ses mots ont la force de coups de poing, et l'écriture lapidaire délivre un message rempli d'espoir en la capacité d'amour et de pardon de tout homme, même du plus blessé.
"Ma vie est aussi cabossée que mon visage. Mon nez, à lui seul, compte vingt-sept fractures. Vingt-trois proviennent de la boxe ; quatre, de mon père. Les coups les plus violents, je les ai reçus de celui qui aurait dû me prendre par la main et me dire " je t'aime ".
Il était iroquois. Quand ma mère l'a quitté, le poison de l'alcool l'a rendu fou. Il m'a battu à mort avant que la vie ne poursuive le jeu de massacre. J'ai survécu grâce à trois rêves : me faire renvoyer de la maison de correction où j'étais placé - un exploit jusqu'alors jamais accompli ; devenir chef de bande ; tuer mon père. Ces rêves, je les ai réalisés. Excepté le troisième. C'était à deux doigts... Durant des années, la flamme de la vengeance m'a fait vivre.
Dans la prison de ma haine, des personnes habitées par l'Amour m'ont visité et m'ont mis à genoux dans mon cœur. C'est à ceux que notre société rejette, les cassés, les tordus, les handicapés, les " anormaux ", que je dois la vie. Et une formidable leçon d'amour. Je leur dédie ce livre. Ils m'ont permis de renaître.
Cette rencontre inattendue avec l'Amour a bouleversé mon existence. Je vis aujourd'hui dans une grande maison claire, sur les hauteurs de Lourdes, avec Martine, ma femme, Églantine, Lionel, Kateri et Timothée, nos enfants. Plus quelques personnes de passage qui font halte chez nous en attendant de reprendre la route. Ce matin, j'ai posé mes ruches sur le versant de la montagne. Demain, je les emmènerai ailleurs, vers d'autres fleurs, d'autres parfums. Je savoure le silence des collines qui m'emportent dans leurs chevauchées vers l'horizon.
Une abeille voltige autour de moi, elle bourdonne près de mon visage, retourne à la fleur, déjà lourde de pollen. Sa vie est réglée comme une partition. Elle joue les notes de son hérédité, ces ordres séculaires transmis par son code génétique. L'abeille, comme tout animal, ne peut rien changer à son comportement programmé. L'homme, oui. L'homme est libre de bouleverser son destin pour le meilleur ou pour le pire. Moi, fils d'alcoolique, enfant abandonné, j'ai tordu le coup à la fatalité. J'ai fait mentir la génétique. C'est ma fierté.
Mon prénom est Philippe, et on me surnomme Tim, car mon nom iroquois est Timidy. Il signifie " seigneur des chevaux ". Ma mémoire blessée fut plus difficile à apprivoiser qu'un pur-sang sauvage. Guénard peut se traduire par " fort dans l'espérance ". J'ai toujours cru au miracle. Cette espérance qui ne m'a jamais manqué, même au plus noir de la nuit, je la désire aujourd'hui pour les autres. J'ai hérité de mes ancêtres indiens l'absence de vertige. Je ne crains qu'un abîme, le plus effrayant, celui de la haine à l'égard de soi-même. Je n'ai qu'une peur, celle de ne pas assez aimer. Pour être un homme, il faut des couilles. Pour être un homme d'amour, il en faut de plus grosses encore. Après des années de combat, j'ai enterré la hache de guerre avec mon père, avec moi-même et mon passé.
Il m'arrive de prendre le volant de ma vieille camionnette et de partir, à la demande, raconter un peu de ma vie chaotique. Je vais chez nous, ou ailleurs, en France et à l'étranger, dans les écoles et les prisons, les églises et aux assises, les stades et les places publiques... Je témoigne que le pardon est l'acte le plus difficile à poser. Le plus digne de l'homme. Mon plus beau combat. L'amour, c'est mon poing final. Je marche désormais sur le sentier de la paix. Soixante-dix-sept fois sept fois.
J'ai failli tuer mon père. Sans le faire exprès. C'était au début de ma rencontre avec Dieu. Le père Thomas Philippe commençait à m'administrer ses perfusions de pardon, et je me sentais tout chose. Je n'avais pas quitté toutes mes habitudes belliqueuses.
Un samedi soir, nous écumons avec ma bande les bals de campagne lorsque nous décidons de finir la soirée dans une boîte de nuit de la région. Je reconnais, dès la porte franchie et mes yeux habitués à la pénombre, deux de mes demi-frères dans un coin du bar. Le souvenir n'étant pas folichon, je préfère me tirer. Au moment où je décanille, un de mes copains provoque, sans le vouloir, une bagarre. La castagne dégénère très vite. Elle devient générale, opposant les miens au reste de la salle. Ça cogne dans tous les coins.
Dans l'obscurité, je ne sais plus très bien sur qui je tape. Mes coups portent, mon adversaire recule. La bande rivale se taille en voiture. En les voyant partir, j'éprouve un malaise indéfinissable. Je ne dors pas bien ce soir-là. Le lendemain, je comprends. C'est mon père que j'ai tabassé. Il ne s'est pas défendu. Ce père que je rêvais de tuer, que je n'ai pas revu depuis des années, je viens de lui casser la gueule. Je me sens mal. Il y a encore quelques mois, j'aurais exulté. Cette heure de la vengeance, tellement désirée, je la refuse désormais.
Le désir de lui pardonner vient un peu plus tard, grâce au cadeau de Frédéric. Ses cinq lignes dactylographiées m'ont ouvert le cœur. Grâce à elles, je veux recommencer ma vie à zéro. Une vie bâtie sur l'amour, non sur la haine.
Grâce au cadeau de Frédéric et aux quelques mots dits par une petite fille. Sylvie est une fillette de six ans. Je la rencontre alors qu'elle doit être placée à la DASS. Son père, gravement malade de l'alcool, la bat. Mais elle ne veut pas le quitter, elle espère en lui, elle espère pour lui. Elle me dit un jour : - Je veux rester avec mon papa. Il est gentil quand il a pas bu.Ses mots me touchent. Deux ans plus tard, cet homme devient abstinent. L'espérance de sa fille l'a sauvé.
Grâce à Sylvie et à Frédéric, je cherche du positif chez mon père. J'en trouve. Je réalise que c'est grâce à lui que je suis devenu champion de boxe. Je lui dois en partie le bonheur que je goûte aujourd'hui. Je croise un jour, en ville, une ravissante jeune fille accompagnée d'un garçon. Je reconnais, avec un mouvement de recul, ma demi-sœur et son frère. Je décide d'aborder cette fille qui n'a jamais été méchante avec moi lorsque nous étions enfants. Je me plante devant elle et je lui demande tout à trac : - Sais-tu qui je suis? Elle réfléchit un instant et se tourne subitement vers son frère :
- Je le reconnais, c'est le fils de papa. Je suis ému par la façon profondément affectueuse dont elle dit papa. Si elle parle de cet homme avec autant d'amour, il ne peut être mauvais. Il doit même être un excellent père avec ses seconds enfants. J'apprends incidemment qu'il lui arrivait de laver mes couches à la main quand j'étais petit. Mon père me battait, mais il lavait mes couches !
Je suis donc retourné chez mon père. Comme dans la parabole de l'Évangile. Il habitait un pavillon, dans la banlieue nord de Paris. J'ai sonné à la porte. Il a ouvert. Je l'ai reconnu, malgré le temps. Sa haute silhouette ne se voûtait pas encore. Il m'a regardé en silence, sans surprise. Il n'a pas dit de phrases du genre " Tiens, te voilà enfin, après tant d'années " ou " Fous le camp, je n'ai jamais pu te supporter ! ", ou bien encore " Mon enfant chéri, pardonne-moi ".Non, il n'a rien dit.Ses yeux ont parlé pour lui.Je suis allé droit au but, sans doute pour dominer mon trac :- Je suis devenu chrétien, je te pardonne. On recommence la vie à zéro !
J'ai commis la connerie de ma vie.J'ai aussitôt senti qu'il se raidissait. Ses yeux se sont embrumés, son regard s'est assombri. Il s'est plié, comme s'il recevait un coup au ventre. Je venais de renvoyer cet homme dans son enfer de passé qu'il essayait désespérément de fuir. Je n'étais qu'un salaud, un égoïste qui ne songeait, dans le fond, qu'à une chose : se soulager. Vivre le pardon pour moi et moi seul. M'offrir une bonne conscience toute neuve.
Mon père n'a pas eu la chance d'avoir une femme comme la mienne et des amis comme ceux que j'ai reçus. Souvent, je me suis posé la question : pourquoi ? Pourquoi ai-je eu cette chance et pas lui ? II essayait sans doute d'échapper aux griffes du remords et aux souvenirs horribles de son indignité. Il a tenté de réparer ce qui était possible, en étant un père juste et bon pour ses autres enfants. Il ne pouvait encore se pardonner lui-même. Il se jugeait avec toute la sévérité du scrupule.
Moi, je suis arrivé devant lui après des années d'absence et je lui ai balancé mon pardon dans la gueule comme un jugement et une condamnation. Le cœur peut donner un pardon que la bouche doit parfois retenir.Dans l'Évangile, le Christ ne dit pas à la femme adultère que les pharisiens veulent lapider : " Je te pardonne tes nuits de péché. " II se tait. Il dessine dans le sable.
Je suis parti vite, plein de remords. J'ai tenté de combler le trou entre nous en lui envoyant des cartes postales. Cela paraît idiot, n'est-ce pas, des cartes postales ? Des petits mots disant mon bonheur de vivre, un clin d'œil complice par-ci par-là, un instant heureux que je partageais avec lui, à la volée, en passant.Après quelques années, il y a eu plus de présent entre nous que de passé. J'ai su alors qu'il pouvait accepter mon pardon.Un jour, j'ai appris qu'il avait cessé de boire. Pour ce grand malade, c'était un acte héroïque. Je me suis mis à l'admirer.
J'ai appris la mort de mon père par hasard. En 1990.Je croise dans la rue un oncle et son fils. L'homme me reconnaît. Il m'accoste : - Eh, Tim, tu dois être heureux ?- Heureux... oui. Pourquoi me dites-vous cela ? - Tu sais que ton salaud de père est mort ?Coup au plexus. Respiration coupée. Silence. Déchirure.- ... Non... Il y a longtemps ?- Trois mois à peine.Le cousin est gentil. Il sait ce que m'a infligé mon père. Il en rajoute :- Ah, ce salaud...
Je n'en veux pas à mon cousin. Il ignore que Dieu est entré dans ma vie et qu'Il a tout bouleversé, de fond en comble. En revanche, j'en veux à Dieu de me voler mon père sans délicatesse.
Le pardon n'est pas une baguette magique. Il y a le pardon du vouloir et celui du pouvoir : on veut pardonner mais on ne peut pas. Quand on peut, lorsque enfin la tête et le cœur finissent par être d'accord, il reste le souvenir, ces choses douloureuses qui remontent à la surface, qui troublent et raniment la haine. C'est le pardon de la mémoire. Ce n'est pas le plus facile. Il exige beaucoup de temps.
Durant dix ans, j'ai demandé tous les matins à Martine : " Est-ce que tu m'aimes ? " Je ne pouvais pas croire à son amour. Ma guérison s'est faite dans la durée. Oui, il faut du temps. J'ai eu de la chance de rencontrer des gens vrais. Ils m'ont aimé avec l'empreinte de mon passé, ils ont osé accepter ma différence, mes soubresauts d'homme blessé. Ils ont écouté ma souffrance, et continué de m'aimer après les orages. Maintenant, j'ai la mémoire d'avoir reçu.
Le passé se réveille à cause d'un son, d'une parole, d'une odeur, d'un bruit, d'un geste, d'un lieu entr'aperçu... Un rien suffit pour que les souvenirs surgissent. Ils me bousculent, ils me griffent. Ils me rappellent que je suis encore sensible. J'ai toujours mal. Je ne serai peut-être jamais totalement pacifié. Il me faudra sans doute recommencer mon pardon, encore et encore. Est-ce le " soixante-dix-sept fois sept fois " dont parle Jésus ?
Pardonner, ce n'est pas oublier. C'est accepter de vivre en paix avec l'offense. Difficile quand la blessure a traversé tout l'être jusqu'à marquer le corps comme un tatouage de mort. J'ai récemment dû subir une opération des jambes : les coups de mon père ont provoqué des dégâts physiques irréparables. La douleur se réveille souvent ; avec elle, la mémoire. Pour pardonner, il faut se souvenir. Non pas enfouir la blessure, l'enterrer, mais au contraire la mettre au jour, dans la lumière.
Une blessure cachée s'infecte et distille son poison. Il faut qu'elle soit regardée, écoutée, pour devenir source de vie. Je témoigne qu'il n'y a pas de blessures qui ne puissent être lentement cicatrisées par l'amour. Jusqu'à l'âge de seize ans, j'ai furieusement rêvé que ma mère venait me reprendre. Puis j'ai accepté l'intolérable idée d'avoir été abandonné par celle qui m'a porté. J'ai décidé alors qu'il valait mieux que je ne la revoie jamais.
C'est arrivé pourtant. À l'improviste. C'était après mon mariage. Une tante m'avait invité à une réunion de famille sans me dire que j'y verrais ma mère. Je me suis soudain retrouvé en face d'une femme brune, jeune et belle. Elle n'a pas fait un geste en m'apercevant. Pas une moue.
Je me suis approché d'elle et lui ai dis : - Mon seul rêve, c'est un baiser de toi... Elle a reculé imperceptiblement. - ... ou ta main sur mon épaule, si tu préfères. Un seul geste. Cela suffira... Elle a conservé ses distances et a répondu : - Tu es comme ton père... l'honneur, rien que l'honneur ! J'ai attendu quelques secondes un geste qui ne pouvait pas venir. J'ai pris la tangente. J'allais sortir quand ma mère m'a rattrapé sur le palier. Elle m'a demandé : - Tu as pardonné à ton père ? - Oui, je lui ai pardonné. Elle s'est fermée. Son visage s'est crispé, durci. Elle ne pouvait sans doute accepter que j'aie pardonné à cet homme qui m'avait brisé dans mon corps. Elle n'admettait pas que je les mette tous deux au même rang du pardon. Elle a lâché : - Oui, tu es comme ton père. Tu seras un mauvais mari et un mauvais père...
Il y a des mots plus violents que des coups de poing. Les mots du venin de la désespérance, de la fatalité. Ma mère ne mesurait pas le poids des mots. Il a fallu une autre femme, Martine, mon épouse, pour me purger de ce venin de mort. Elle m'a soigné avec une patience d'ange, les jours succédant aux jours.
Grâce à Martine, je peux dire aujourd'hui cette chose impensable : la joie que je reçois de nos quatre enfants, je la dois aussi à ma mère. C'est elle qui m'a donné la vie, ce trésor inestimable.
Aujourd'hui je me bats pour être un bon père, un bon mari et un bon fils... de Dieu le Père. Mes enfants sont devenus mes racines. Auprès d'eux, l'homme blessé que je suis a reçu des guérisons. Lorsqu'ils m'appellent mon papa, je sens un délicieux frisson courir le long de mon échine. Une émotion exquise. Je ne veux pas m'habituer à ce qu'on m'appelle papa. C'est la plus belle chose au monde. Je me souviens de tous ces " mon papa " qui m'ont manqué. Je rends grâce. Et je confie au Dieu Père tous les enfants qui n'ont personne à qui dire " mon papa "." Source : Tim Guénard, "Plus fort que la haine", Presses de la Renaissance, 2000. |
|  | | Fanny Admin

Nombre de messages: 2439 Age: 65 Localisation: Auvergne Date d'inscription: 11/05/2007
 | Sujet: Re: (3)-Pour alimenter notre désir d'aimer et de pardonner. Lun 14 Juil - 7:32 | |
| Documents en réponse - et complément -, par Fanny-agape778 : "Biographie de Tim Guénard Abandonné à trois ans par sa mère, Tim Guénard est élevé par un père alcoolique et violent. A cinq ans, il est hospitalisé pour coups et blessures, reste dans le coma pendant deux ans et demi. Il passe par toutes les institutions, asiles psychiatriques, familles d'accueil, maisons de correction, avant de vagabonder à treize ans dans les rues de Paris. Sa haine envers son père et son désir de vengeance le mènent vers les sports de combat, il devient boxeur. Ses rencontres avec le prêtre Thomas-Philippe, avec des membres de l'Arche, Mère Theresa et d'autres encore lui redonnent confiance, en lui et en les autres. Il se marie avec Martine, une jeune femme de la haute bourgeoisie bordelaise, élève ses quatre enfants et devient apiculteur. Dans sa maison du Sud-Ouest, il accueille des handicapés, et raconte son histoire dans les prisons, les églises, les écoles de France. Tim Guénard est l'auteur de 'Plus fort que la haine' et de 'Tagueur d'espérances'. Tim Guénard et Jean-Jacques Henry : de la maltraitance au pardon Présentation Une émission exceptionnelle à l’espace Bernanos : Tim Guénard et Jean-Jacques Henry témoignent et répondent aux questions du public. Des itinéraires d’enfances brisées qui à travers le pardon se relèvent et se reconstruisent. Une émission interactive au cours de laquelle le public a posé ses questions à deux grandes personnalités ! Tim Guénard est âgé de 40 ans, marié, père de 4 enfants. Après une enfance éprouvée où il connut la haine de ses propres parents, Tim Guénard livre son itinéraire d'enfant perdu puis retrouvé! KTO vous invite à entendre son message rempli d'espoir en la capacité d'amour et de pardon de tout homme, même du plus blessé. Ses mots ont la force de coups de poing. Venez vous laissez toucher! Jean-Jacques Henry, une personnalité inattendue, un homme étrange. Après une enfance marquée par la violence et des années d’échecs et de révolte. Jean-Jacques Henry était mort à lui-même et au monde. Jusqu’au jour où à Lourdes, il reçut une goutte de vraie vie. Il découvre que l’Amour existe et voit l’amour à travers ces milliers de gens réunis. Depuis, il témoigne de son Amour pour Jésus-Christ, en aidant les jeunes en déroute à sortir du tunnel. Invités - Tim Guénard - Jean-Jacques Henry Entretien avec Tim GUENARD. Recueilli par Jacqueline Kelen, paru dans la revue Terre du Ciel, n° 59, mai et juin 2002. Même si une statistique nous dit qu'un tiers des adultes qui ont été victimes d'abus durant leur enfance commettent ensuite à leur tour des abus contre leurs propres enfants1, la résilience est possible. Elle est "la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d'une adversité qui comporte normalement le risque grave d'une issue négative.2" L'être humain n'est donc pas condamné à reproduire indéfiniment les mêmes comportements appris : il a bel et bien la possibilité de grandir, c'est-à-dire de surmonter une épreuve de la vie a priori insurmontable. Chacun d'entre nous peut donc découvrir que pour prendre le contrôle de nombreux aspects de sa vie et gérer son existence de manière plus profitable, il n'a besoin d'aucune autorisation de quiconque, même pas de conditions sociales ou économiques favorables (ni d'une hérédité heureuse, ni d'une enfance choyée.) Dans ce contexte, le témoignage de Tim Guénard est particulièrement précieux. Lui qui a été un enfant abandonné par sa mère et battu par son père, un adolescent renvoyé des maisons de correction, violent parmi les violents, affirme à travers son expérience : "Je refuse qu'on dise "tel père, tel fils" pour expliquer des violences familiales." 1 Archives de médecine pédiatrique et de médecine de l'adolescent, Mai 2000 2 S. Vanistendael, Clés pour devenir : la résilience, cité par Boris Cyrulnik, "Un merveilleux malheur", Éditions Odile Jacob, 2002, page 8. Pour aller plus loin, vous pouvez vous procurer aux Presses de la Renaissance : "Plus fort que la haine." "Tagueurs d'espérance." - Vous avez-raconté dans Plus fort que la haine vos années de jeunesse. C'est un parcours terrible. Qu'est-ce qui vous a permis de tenir bon, de subsister au lieu de vous écrouler, d'en finir ? - Au début, ce fut la haine. Je voulais tuer mon père qui m'avait fait tant de mal. La violence et la susceptibilité ont grandi en moi et me consumaient de l'intérieur. J'étais esclave de mon passé, je voulais me venger. Il a fallu du temps, beaucoup de temps, et certaines rencontres sont venues, sans que je m'en rende compte, caresser ma vie, caresser mon cœur. Il y eut Papa Gaby, le père nourricier qui m'accueillit dans sa ferme, Monsieur Léon le clochard qui m'apprit plein de choses, il y eut des gens furtifs, des étoiles filantes. Ma vie était en noir et blanc mais parfois un scintillement de couleurs lui parvenait. C'est long de parvenir à la paix, c'est long d'oser aimer. Mais il y a la grâce. - Qu'est-ce, pour vous, la grâce ? - C'est un cadeau, quelque chose de gratuit qui vient de quelque part, mais je ne sais d'où. Aujourd'hui, je dis qu'elle vient du "Big Boss" mais lorsqu'elle m'a touché ce fut en écoutant des personnes raconter leur histoire. Leur souffrance m'a atteint, retourné, moi qui étais si fermé sur mes blessures. - Vous avez beaucoup souffert et aujourd'hui vous pouvez dire que vous avez beaucoup reçu. Il y eut d'abord des rencontres qui furent des lueurs dans votre nuit... - Avant de rencontrer le Père Thomas, fondateur de l'Arche avec Jean Vanier, je me souviens d'un plâtrier avec qui je travaillais alors, que je jugeais au premier abord pas très futé. Cet homme un jour m'a dit tout à trac "Tu manges ton pain noir actuellement mais tu auras ton pain blanc plus tard". Le jour de mon anniversaire, il m'a dit : "Tu es un bon gars", moi qui étais considéré comme une brute irrécupérable... J'ai appris par la suite qu'il avait connu une enfance douloureuse, qu'il avait été battu et abandonné mais qu'il était devenu père de plusieurs enfants, et le meilleur des pères. Cet exemple a été un espoir formidable pour moi. - C'est précisément le point essentiel de votre témoignage : vous vous élevez contre les schémas répétitifs et votre vie montre qu'il n'y a pas de déterminisme familial, génétique, psychologique. - Oui, je ne cesse de dire : l'homme n'est pas sur terre pour reproduire mais pour innover. Et ce message en sauve plus d'un du désespoir, du suicide. Je refuse qu'on dise "tel père, tel fils" pour expliquer des violences familiales. Et je suis catastrophé d'entendre des journalistes ou des avocats, lors d'une affaire sinistre, dire tranquillement que tel homme a violé parce que lui-même avait été violé dans son enfance. Affirmer cela, c'est tout simplement interdire à l'homme le droit de grandir. Et c'est pourquoi je continue de témoigner ne les écoutez pas ! Il n'y a pas que l'ADN qui soit unique pour chacun, il y a aussi le cœur, l'intelligence qui sont uniques et qui permettent justement de créer du neuf au lieu de répéter. Au départ ma mémoire était mon pire ennemi, elle pesait trop sur mes pensées, mes désirs de vengeance. Mais j'ai rencontré des hommes comme Martin Gray, des personnes qui avaient connu l'enfer des camps de concentration et qui s'étaient libérées de leur passé en innovant, en faisant du beau. Ces personnes-là m'ont ouvert des portes mais j'ai mis quelque temps à entrer, à oser dire que la mémoire, si douloureuse soit elle, est appelée à devenir notre meilleure amie. - Ce n'est pas un oubli mais une transformation ? - Oui, parce que si on décide de tourner la page, d'effacer son passé, les souffrances restent accumulées et cachées dans une sorte de cocotte minute qui un jour explosera. Toute souffrance doit être exprimée afin de se libérer, afin de faire entrer la joie dans le cœur. Oser aimer son passé, si dur, si affreux soit-il, c'est du même coup s'en libérer. Mais la plupart du temps chacun de nous se comporte en fugueur, ne veut pas voir, ne veut pas comprendre ses réactions. Moi, je me suis rendu compte un jour que lorsque j'étais heureux je m'enfuyais. Et j'ai réfléchi à cela, pour changer. - Mais ce n'est pas un travail psychologique ? - Non. Cela a eu lieu parce que des personnes m'ont aimé plus que je ne m'aimais moi-même.  Lorsque j'ai rencontré à l'Arche de Jean Vanier des handicapés, lorsqu'ils m'ont dit bonjour en mettant la main sur le cœur, j'ai fondu, je me suis dit : enfin j'ai rencontré des êtres vivants ! Jusqu'alors, je me plaisais avec les animaux sauvages, j'observais dans la nature les chevreuils. C'est beau, parce que lorsque le chevreuil s'en va et vous tourne le dos après vous avoir regardé, il y a un cœur tout blanc dessiné sur son derrière... |
|  | | Fanny Admin

Nombre de messages: 2439 Age: 65 Localisation: Auvergne Date d'inscription: 11/05/2007
 | Sujet: Re: (3)-Pour alimenter notre désir d'aimer et de pardonner. Lun 14 Juil - 7:32 | |
| (Suite) - Vous avez été remué profondément par l'accueil inconditionnel d'un dominicain, le Père Thomas. - Je vivais sans religion ou plutôt j'avais une répulsion pour tout ce qui était religieux. J'avais rencontré beaucoup de gens qui aimaient Dieu mais qui avaient oublié d'aimer les humains... :( Quand j'ai vu le Père Thomas, habillé tout en blanc avec des collants de laine en plein mois d'août, j'ai eu envie de le défier : je lui ai proposé de l'emmener faire un tour sur ma moto. Et il a accepté, il a même trouvé ça bien ! Et lui m'a proposé des choses que je ne connaissais pas. Il disait que ça pouvait me faire du bien, et j'ai essayé le "pardon du Christ".  Ce qui a marché, c'est la délicatesse de cet homme. Et aujourd'hui, en accueillant dans ma maison des jeunes délinquants ou drogués dont personne ne veut, je me souviens de mes premières rencontres avec le Père Thomas : il ne s'agit pas tout d'abord d'aimer Dieu mais, pour ces jeunes, de se sentir aimé de Dieu. Ce prêtre était toujours disponible et plein de douceur. Des gens ne voulaient pas qu'il me reçoive, moi le mauvais garçon toujours prêt à la bagarre, mais lui m'a donné la clef de sa porte qui ouvrait à l'arrière, afin que j'entre sans être vu... Il m'a aussi donné à lire de grands livres de mystiques, comme saint Jean de la Croix, où je ne comprenais rien. Et quand je l'interrogeais sur des choses concrètes, comme la chasteté des prêtres qui me paraissait impensable, il m'a toujours répondu ou souri en silence. Il n'avait pas réponse à tout et il ne jugeait pas. Cet homme m'a montré l'immense imagination qu'il fallait déployer pour aimer dans toutes les circonstances ; pour faire étinceler, briller l'autre plutôt que de le rabaisser et de le salir. Telle est la clef, en effet : un mot d'encouragement, un geste tendre peuvent soulever des montagnes et transformer toute une existence. Mais comme on est avare de ces mots, de ces gestes... Je ne comprends pas qu'on déprécie sans cesse les plus jeunes, qu'on ne leur accorde aucune confiance, qu'on leur lance des jugements assassins comme : "Tu es nul, tu n'y arriveras jamais, personne ne voudra de toi..." J'ai accueilli dans ma ferme un jeune dealer qui tentait de s'en sortir. Un jour, je lui ai dit, parce que je le pensais : "Je suis très fier de toi". Et le garçon a eu les yeux humides, il m'a embrassé et m'a dit : ça fait vingt-trois ans que j'attendais que quelqu'un me dise ces mots. Ce n'est rien, et c'est tout ! La petite clef qui ouvre est une clef d'or... Quand je demande : "Avez-vous dit à vos parents, à vos enfants, à vos amis que vous les aimez ?" J'entends répondre : "Non, ils le savent bien !" C'est une grave erreur, si on ne le dit pas, ça fait des éraflures dans le cœur. Cette attention à l'autre est une façon de savourer le beau qu'il y a en lui ou de découvrir ce qu'il porte de beau. Je me souviens qu'enfant, aux devantures des pâtisseries, je regardais les gâteaux ronds couverts de petites perles ou les gâteaux à étages : parce qu'on ne voyait pas l'autre côté. Ainsi, je pouvais imaginer la partie cachée, les perles qui s'y trouvaient, c'était une invitation à savourer, non pas à consommer. Il en va de même avec les personnes qui sont sur notre route. -Je reviens sur ces indispensables déclarations d'amour et d'amitié qui sont aussi douces à dire qu'à entendre et dont tant d'humains se privent. Vous écrivez : "Se savoir aimé et se l'entendre dire, c'est la potion magique contre la violence, la colère, la révolte." - Quand deux personnes éloignées se téléphonent, très souvent elles se demandent le temps qu'il fait dans leur contrée. Moi, je m'inquiète de la météo du cœur. Je demande : "Est-ce qu'il fait beau dans ton cœur aujourd'hui ?" Et, selon la réponse, je m'habille en fonction du temps. Par exemple, s'il ne fait pas beau je prends l'habit de la délicatesse pour aller rendre visite. - Pourquoi tant d'adultes se comportent-ils avec froideur et dureté avec leurs enfants ? Cette fermeture peut faire autant de ravages que des violences visibles. - Être adulte, c'est à la portée de tous. Mais être un grand adulte, c'est se mettre au niveau de l'enfant et le regarder comme une pièce unique. C'est être humble, tenir parole face à un enfant, oser reconnaître qu'on a eu tort. Certains parents ont prononcé devant leurs enfants des phrases qui tuent, qui coupent tout espoir, des jugements qui engendrent chez leurs petits des peurs et des manques de confiance. Voilà pourquoi des jeunes peuvent devenir violents, drogués, anorexiques... C'est l'expression d'une douleur. Pour eux, il faut que des personnes viennent leur dire ce que d'autres, souvent leurs parents, n'ont pas dit. Pour restaurer l'amour, pour leur permettre de vivre. - Vous racontez dans votre dernier livre, Tagueurs d'espérance, qu'un jour vous étiez à la messe et que la communauté priait pour la paix. Vous vous êtes dit que vous étiez hypocrite : à quoi bon prier pour la paix dans le monde si on n'est pas capable de la faire dans sa famille ? Et vous êtes aussitôt allé voir votre petite fille et vous lui avez demandé pardon pour une maladresse que vous aviez commise. Vous ajoutez que ce geste est "plus dur que la bastonnade". Pour ma part, je pense qu'il est très rare - et c'est dommage - qu'un adulte s'excuse ou demande pardon à un enfant. - En se conduisant ainsi, un adulte donne pourtant une espérance à l'enfant : il montre que les grandes personnes ne sont pas parfaites, qu'elles aussi ont à s'améliorer. Et c'est la plus sûre et la plus belle façon d'apaiser les chagrins, les blessures de l'enfant. Je le dis souvent : on a droit d'être en retard sur tout sauf sur les sentiments. C'est le plus vite possible qu'il faut aller dire un je t'aime ou demander pardon. Il est bon de se dire aussi qu'il n'est jamais trop tard, que ce n'est pas fichu, que tout peut changer... Je vois l'amour comme un marteau-piqueur : ça fait mal mais ce qui compte, c'est le projet qu'il y a juste après. Il y a aussi les personnes qui ont été blessées et qui disent : j'attends qu'il fasse le premier pas. Mais en amour on a droit au désordre ! C'est même pour cela qu'on peut faire du rangement ! - Vous racontez aussi qu'un jour vous êtes allé trouver votre père et lui dire que vous lui pardonniez toutes ses violences. -Mais mon père ne pouvait pas recevoir ce pardon. Il devait le digérer et d'abord s'y préparer. Et moi j'ai déboulé chez lui, en chrétien et en crétin, pour lui accorder en bloc mon pardon ! J'ai compris par la suite que je devais attendre que l'autre fasse de l'ordre et soit prêt. Alors, j'ai envoyé des cartes postales à mon père, je l'ai peu à peu rendu complice du beau que je vivais, je lui ai parlé de ma femme, de mes enfants. Et mon père est parvenu à se pardonner. Accorder son pardon à quelqu'un, c'est l'alléger, le libérer d'un poids qui paraît fatal et inéluctable. Pardonner au parent qui vous a fait du mal, c'est balayer tout le cycle de la fatalité génétique, toutes ces bêtises qu'on continue de colporter au sujet des comportements répétitifs. On n'est pas là pour subir le destin mais pour le sculpter. - La violence et le crime ont l'air de progresser chez des adolescents de plus en plus jeunes et les hommes politiques parlent de problèmes de société et envisagent des lois, des commissions, un renforcement de la police... Pour ces garçons et ces filles qui n'hésitent pas à torturer un autre adolescent ou à tuer un adulte, un regard aimant, un mot de confiance peuvent-ils suffire ? - Non, ça ne suffit pas, même si ces jeunes ont un immense manque d'amour et d'espoir. Ce qui pourrait les sortir de cette situation qui se dégrade et s'étend c'est de proposer à la télévision autant de programmes beaux, positifs, nobles, que de programmes violents et malsains. Quand on évoque des sondages sur la montée de la délinquance en France, par exemple, moi je n'en ai rien à faire. Ce qui importe, ce sont tous ceux qui essaient de faire des efforts, tous ceux qui tentent de sortir de l'alcoolisme, de la drogue, de la violence. Ces exemples-là feraient beaucoup de bien, ils donneraient de l'imagination et de l'espérance aux autres. Parce que, si on réfléchit un peu, on constate encore une fois le schéma répétitif : un jour on entend dire qu'à Marseille, par exemple, des jeunes ont brûlé des voitures et le lendemain, par identification, d'autres jeunes incendieront des voitures à Strasbourg... Là encore, il s'agit de briser ce cercle répétitif, de dire aux adolescents que l'homme est là pour créer, pour innover. - Vous vous rendez dans les prisons, dans les banlieues, vous allez témoigner dans les écoles, vous donnez beaucoup de conférences, bref vous ne ménagez pas votre peine. Est-ce pour dire que vous croyez en l'être humain capable de beauté, de grandeur ? -Je ne cherche pas à aider les autres mais à les faire briller.  Écouter l'autre, le considérer comme un être unique et non pas ordinaire, sentir sa beauté cachée, c'est ce que j'ai reçu de mon beau-père, véritable aristocrate du cœur. Donner ou redonner confiance et courage à l'autre, le valoriser, voilà ce que j'appelle faire briller - comme d'autres le font avec l'argenterie. Dans notre société occidentale on appauvrit les gens parce qu'on veut les aider. Or, vouloir aider quelqu'un c'est le rendre dépendant, redevable. On n'a pas le droit de rendre le pauvre plus pauvre qu'il n'est. Moi, je parle d'accompagner, c'est une relation de réciprocité : j'accepte de recevoir aussi quelque chose de l'autre. C'est la seule "aide" ou entraide qui soit. - Dans votre ferme des Pyrénées, où vivent votre femme et vos quatre enfants, vous ouvrez la porte à ceux qui en font la demande mais ce n'est pas un lieu "agréé" par l'administration. - Je ne reçois pas d'aide de la DDASS et je n'en souhaite pas. D'abord parce que je crois en la Providence  et ensuite parce qu'ainsi je suis libre d'accueillir ceux qui se présentent. Je reçois des jeunes qui sont considérés comme irrécupérables, qui ont fait un séjour très long en hôpital psychiatrique, qui ont fait partie d'un réseau de prostitution. Ces situations sont terribles et paraissent insurmontables mais je suis un fou d'amour !  Et je sais que tous les pauvres, tous les laissés pour compte ont au moins une richesse : le fait de pouvoir demander. :( - Et vous leur accordez du temps, de la confiance, des mots d'estime et d'encouragement... - Celui qui souffre donne le plus souvent le mode d'emploi. Moi, je m'accorde.  Par exemple, si un gars a décidé de sortir de l'alcoolisme, je ne vais pas boire non plus. Je peux me priver de mon argent pour offrir des cigarettes aux jeunes que j'héberge, et ils en restent étonnés. Mais au fond, à la ferme, il y a deux grands éducateurs : mon labrador, Vidocq, et l'âne avec ses grandes oreilles sensibles. Ils s'avèrent tous les deux capables de donner tout leur amour, toute leur attention à ceux qui viennent auprès d'eux. Vidocq peut écouter pendant des heures quelqu'un lui confier ses gros chagrins. Et il n'y a pas beaucoup de personnes qui, comme l'âne, dressent l'oreille devant celui qui souffre... - Pour vous personne n'est irrécupérable ni "pourri" - termes qui vous ont été appliqués pendant votre adolescence ? - J'ai vécu de longs mois dans la rue, j'ai eu très froid et je crevais de faim, J'allais sur les marchés, avant l'arrivée des balayeurs, pour récupérer des restes. Et il y avait des poires, des pommes pourries. Je peux vous assurer qu'il y a toujours un tout petit morceau qui n'est pas pourri dans le fruit : ainsi, on va à l'essentiel et on le savoure... Quelqu'un peut être fier d'être une pomme pourrie ; il reste les pépins et, le fruit planté en terre, un bel arbre peut surgir...  Moi j'ose témoigner, donner de l'espérance, et je dis à voix haute ce que d'autres se murmurent tout bas : alors, moi aussi, j'aurais le droit de rebondir comme un kangourou ?... En témoignant de mon parcours devant tant de personnes différentes je fais office de laboureur. Je prie aussi pour celles qui sont sur mon chemin. J'écoute au téléphone leurs souffrances, leurs désespoirs. Je me sens un instrument de Dieu, c'est lui qui me donne le carburant. En fait je suis un des ânes du Big Boss ! Je porte le Beau, je ne suis pas le Beau. Et parfois j'ai envie de rester à l'écurie, certains jours je n'ai pas toujours la force... - Toutes vos années d'enfance et d'adolescence ont été privées de tendresse, vous avez connu la solitude des longs mois passés à l'hôpital, la dureté des prisons et des maisons de correction, l'humiliation et le rejet, et aujourd'hui vous êtes un vivant exemple de douceur, d'ouverture aux autres et de délicatesse du cœur. Quel mystère que la vie d'un homme ! - Enfant, j'allais dans les gares. Je savais que l'amour existait mais je n'en recevais pas les signes extérieurs. Alors je me rendais dans les gares pour observer les personnes qui couraient, s'embrassaient, qui avaient les yeux humides au départ ou à l'arrivée du train. Je me rendais aussi à la sortie des écoles pour voir les mères embrasser leur enfant, ce que je n'avais jamais connu. C'est dans ces deux sortes d'endroits publics que les humains s'autorisent à des démonstrations de tendresse et d'amour. - Dans votre dernier livre, vous remerciez votre mère de vous avoir donné la vie. Elle vous a pourtant abandonné à l'âge de trois ans... - Mais oui, si je peux vivre les belles choses que je vis aujourd'hui, c'est parce que ma mère m'a fait ce cadeau : elle m'a donné un corps, elle m'a transmis la vie.  Et cela reste le plus fort, intangible, en dépit de son attitude, de son départ. Je me dis aussi que si j'avais été adopté enfant - ce que je souhaitais très fort - les événements de mon existence auraient été tout différents et je n'aurais pas rencontré la femme merveilleuse qui est aujourd'hui à mes côtés. Oui, ça valait le coup de souffrir ! Et franchement, en sachant ce que je vis aujourd'hui, s'il fallait revivre toutes ces années atroces de ma jeunesse, je dirais OK." |
|  | | | | (3)-Pour alimenter notre désir d'aimer et de pardonner. | |
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