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 Un grand témoin spirituel, Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars/par Mgr André Dupleix/

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coeurtendre
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MessageSujet: Re: Un grand témoin spirituel, Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars/par Mgr André Dupleix/   Un grand témoin spirituel, Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars/par Mgr André Dupleix/ Icon_minitimeVen 17 Fév - 8:50

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J’emprunterai mes premiers mots au psaume de Zacharie (Luc 1,76) : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut, car tu marcheras par devant, sous le regard du Seigneur pour préparer ses routes »... Que dire en effet aujourd’hui de Jean-Marie Vianney dont l’Eglise a fait un saint, sinon qu’il a, à sa mesure et par son témoignage accompli la mission du Baptiste, mission du prophète et de toute l’Eglise ?: Préparer la route et révéler le visage de Celui qui vient. Etre témoin de Dieu et de son Amour illimité pour les hommes.
Pourtant, une question se pose immédiatement et que nous ne pouvons éviter : Jean Marie Baptiste Vianney, cet homme à la silhouette fragile, tellement inséré dans les premières décennies du XIXe siècle, ce saint au visage paradoxal, dont on a souvent mis en valeur les aspects les plus spectaculaires, voire les plus inquiétants, quel message peut-il aujourd’hui nous transmettre ?



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Je réponds immédiatement que le Curé d’Ars, tel qu’il est, en sa transparence spirituelle autant qu’en sa complexité psychologique, en sa disponibilité personnelle autant qu’en son incessante activité pastorale, est un témoin de la foi d’une surprenante actualité. Il nous permet de comprendre la profonde signification de la sainteté dans la vie de l’Eglise et de l’humanité. La sainteté qui n’est pas une distribution des prix ou une récompense des élites, mais un appel adressé à tout homme quel qu’il soit, d’où qu’il vienne, pourvu qu’il choisisse d’aimer. Les paroles et le témoignage de saint Jean-Marie Vianney, pourtant très dépendants d’une époque donnée, dépassent, en fait, largement cette époque, pour viser à l’universel. Ce message est, dès l’origine, une croisée d’espoirs, un défi chrétien à toutes les forces d’enfermement, de repli ou de négation spirituelle. Un défi aux violences de la haine et du mensonge, aux provocations de la puissance et de l’opulence.




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De fait, ce prêtre, à l’excessive humilité, à la richesse cachée qui aurait aimé « rester berger toute sa vie » et se disait un « mauvais instrument entre les mains de Dieu », nous a transmis et continue de nous transmettre, depuis son modeste village, la leçon permanente de la tradition biblique et du christianisme, l’insistance d’Amour de Dieu. Et cela nourrit notre persévérance à dire et à redire, sans craindre la répétition, les raisons de l’Evangile du Christ, les raisons qui en font, aujourd’hui, un foyer nécessaire de paix et de développement, une attestation publique de la transcendance de l’homme et de sa destinée, une parole sensée et constructive sur l’histoire. Le Curé d’Ars, par le dynamisme évangélique et ecclésial de sa vie, peut nous aider à maintenir l’espérance au coeur des plus vifs débats actuels. Encore faut-il le considérer, non point comme l’objet d’une recherche ou d’une attention curieuse, mais comme un révélateur, un éveilleur, un initiateur, au sens le plus fort du terme, c’est-à-dire celui qui peut susciter un commencement. Je vous propose quatre étapes successivement intitulées : - L’Évangile sans réserves - Comme un veilleur - Le Don de Dieu - Un homme libre.




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1. L’Evangile sans réserves...




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Je commencerai par la caractéristique la moins évoquée de celui que l’on appelait aussi Monsieur Vianney : l’homme d’Église et l’homme d’action. Dans la vie de ce spirituel qui puisait toute sa force dans la rencontre permanente avec Dieu, contemplation et action ont trouvé une remarquable unité. Contemplation et action, ces notions que l’on oppose parfois trop hâtivement, faute de les relier à leur unique principe qui, lui, était l’Église. Lorsqu’on retrace en détail l’histoire d’Ars, on est impressionné par l’activité intense que le curé a jusqu’au bout déployée dans sa paroisse. L’échange fut constant entre la prière et la présence aux autres, entre la méditation et l’organisation, entre l’adoration et la participation à la vie publique. Vraiment, il apparaît que, pendant quarante-et-un ans, l’évangile a été vécu sans réserves, ce qui, seulement, permet de comprendre ces paroles du Curé, paroles d’adieu à ses paroissiens, peu de temps avant sa mort: Dieu a revêtu sous vos yeux une forme presque visible....




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Le Curé d’Ars fut d’abord un homme d’Église. Heureux le chrétien qui est instruit et qui entre dans l’esprit de l’Église.... Il fut un homme d’Eglise beaucoup plus en ce qu’il fit que dans les nuances ou l’élaboration du discours. Sans en parler longuement, il montra qu’il avait spontanément et à un haut niveau ecclésial, l’intuition de l’universalité et de la communion, le souci de la transmission de la foi et de la vie sacramentelle. Il fut, à l’exemple de ce qu’il disait du chrétien.Cet homme unit toutes ses actions, ses peines, ses prières et tous les battements de son coeur aux mérites de l’Eglise entière... C’est à peu près comme celui qui réunit un tas de paille et y met le feu : la flamme monte bien haut, ça fait un brasier. Qu’on ne mette le feu qu’à une paille et il s’éteint aussitôt.




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Homme d’Église, il l’était d’abord par sa foi dont il ne faut pas trop vite minimiser le contenu. Là encore, au passage, écartons cette image inexacte d’un Curé d’Ars inculte dont les élans spirituels auraient compensé les lacunes de la raison. Les recherches récentes les plus sérieuses sur la formation de Jean-Marie Vianney, montrent que, malgré ses incontestables réticences au type de formation qui lui était proposé, le futur prêtre acquit auprès de son remarquable maître, M. Balley, une expérience spirituelle, pastorale, et même théologique probablement supérieure à celle de la plupart des séminaristes de sa classe, dont il avait été écarté. L’homme était fin, voire rusé, intuitif, et d’une intelligence pratique. Il se cultiva toute sa vie, s’intéressant à tout, soit par ses contacts innombrables dont il avait un sens inné, soit par les lectures qu’il tenait à faire, même aux moments les plus épuisants, avant ses deux ou trois heures de sommeil quotidien.




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Sa foi était solidement appuyée sur la Trinité dont il avait une image collée à la première page de son bréviaire, ce qui, semble-t-il, lui permit de conserver un équilibre théologique dont le foyer, peu à peu dévoilé au long de sa vie, était l’Amour communion de Dieu. Foyer renouvelé incessamment par la prière et qui lui permit de se détacher progressivement des sermons académiques du début. Ces sermons, dont on a bien étudié les sources et la composition, étaient des mosaïques de commentaires savants, écrits avec difficulté et qui, d’ailleurs, ne furent probablement jamais prononcés tels quels, le Curé d’Ars ayant pris très tôt l’habitude de laisser aller sa parole et son coeur selon l’inspiration du moment.




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Homme d’Église, il l’était par son respect et sa passion pour la Parole de Dieu. Je crois que sur ce point, comme sur quelques autres, apparaît une paradoxale dimension oecuménique du message d’Ars : Notre Seigneur, qui est la vérité même, ne fait pas moins de cas de sa Parole que de son corps. La proclamation et le commentaire de la Parole étaient pour lui essentiels, dépassant les limites du ministre pour agir directement en chacun de ceux qui écoutent. M. Vianney n’avait rien d’un orateur conventionnel, mais ses prédications étaient comme un brasier dont personne ne sortait intact. Même les plus sceptiques, parfois agacés au début par l’apparence désordonnée, affective ou même théâtrale de certains sermons, finissaient par être emportés ; il lui arrivait de crier, d’être interrompu par l’émotion, de pleurer, de répéter inlassablement les mêmes mots, de se retourner subitement vers l’autel. Ses paroles, souvent intuitions fulgurantes, semblaient venir du fond même d’une foi possédant de manière privilégiée des évidences religieuses essentielles.




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Homme d’Église, il l’était par son sens de la collaboration et de la disponibilité. Lui, tourmenté jusqu’à l’extrême, angoissé et portant comme un fardeau une charge de pasteur dont il ne se sentait pas capable, fut d’une fidélité sans faille et resta jusqu’au bout à son poste, malgré ses volontés et tentatives de départ. Il considéra son lien à l’évêque comme une manifestation de son attachement au Christ. Un lien toujours dans un dialogue franc. Ainsi, lors de l’abandon de la Maison de Providence aux religieuses, projet auquel il s’était opposé, s’inclina-t-il finalement en disant : Je n’y vois pas la volonté de Dieu, mais Monseigneur la voit, nous n’avons qu’à obéir.

Il accepta toutes les collaborations. Depuis 1839 jusqu’à sa mort, plusieurs prêtres furent nommés pour l’aider, qui devinrent d’ailleurs des témoins privilégiés : l’abbé Tailhades, le célèbre abbé Raymond, au caractère bon mais complexe et parfois encombrant, l’abbé Toccanier, son dernier et si fraternel auxiliaire. Il favorisa l’installation de plusieurs communautés de prêtres et religieuses et sut orienter, non sans risques, mais avec un bon sens incontestable, le développement du pèlerinage d’Ars, dont il ne voulait pas être le centre, ce qui le conduisit à valoriser le culte de sainte Philomène et surtout le culte eucharistique et la prière mariale.La foi mariale du Curé d’Ars était très équilibrée. Marie était l’accès à Dieu, Mère, meilleure que la meilleure des mères..., ma plus vieille affection..., Marie qu’il rendait indissociable et de la vie trinitaire et de la vie de l’Église, dans une juste compréhension de son rôle. Un jour qu’une dévote voulait lui faire signer une image sur laquelle était marquée « Marie, source de toute grâce », M. Vianney barra « source » qu’il remplaça par « canal »...




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Le Curé d’Ars fut aussi un homme d’action. Le chanoine Boulard, dont on sait l’autorité en matière de sociologie religieuse, écrit ceci : « On s’est plu à opposer un curé d’Ars n’ayant connu pour apostolat que la prière et la pénitence, « moyens surnaturels » comme on dit, aux prêtres qui font des oeuvres et emploient des moyens humains... C’est une dérision et d’une théologie inquiétante. Il faut plutôt se demander : Quelle est l’oeuvre que l’on faisait de son temps et qu’il n’a pas faite ? Le palmarès de ses activités apostoliques est impressionnant ». Effectivement, lorsqu’on étudie ce qui s’est passé à Ars de 1818 à 1859, on est surpris par la quantité, la variété et la permanence du travail apostolique, que les signes en soient matériels ou spirituels. Dès le départ, dans cette petite paroisse, terre tranquille de paysans plutôt pauvres, à la situation morale et spirituelle médiocre, son ministère fut une prise en charge complète de la situation. Il définit rapidement trois axes pastoraux : 1) Le contact direct avec les gens, ainsi que sa préoccupation d’une « évangélisation de milieu » ; 2) le souci de l’éducation religieuse et de l’éducation tout court (particulièrement les enfants) ; 3) la permanence de la prière et de la vie sacramentelle. « En somme, dit Boulard, une ligne pastorale simple, mais d’une belle netteté, où resplendit déjà, avec quelques traits personnels, sa lucidité de paysan et d’homme d’action, son sens extraordinaire de l’essentiel du Christianisme. »




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A cette époque appartiennent, étroitement imbriqués : 1) son travail paroissial interne : visite systématique de tous les foyers, restauration des confréries, ouverture de l’école-orphelinat ; 2) son travail externe : c’est à la fameuse mission de Trévoux en 1823 qu’il acquit sa réputation exceptionnelle de confesseur et où son confessionnal fut littéralement emporté par la foule ; 3) son travail matériel restauration de l’église, constructions, achats, opérations immobilières. A cette époque également se situe la fameuse lutte contre les bals et les cabarets, dont il ne faut pas exagérer l’ampleur et qu’il faut plutôt comprendre comme un souci logique du pasteur, plus souvent diplomate que tonitruant. Souci logique lorsqu’on sait les ravages de l’alcoolisme dans les foyers d’Ars à son arrivée, et le désoeuvrement des jeunes dont il se sentait si proche. Ars et la région avaient beaucoup souffert pendant la Révolution.




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Si le Curé d’Ars déploya une grande activité pastorale avant 1830, date où il fut peu à peu « fixé » au confessionnal, il veilla jusqu’à la fin à ce que tout ce qui avait été mis en place soit maintenu. Mgr Fourrey note qu’aux moments les plus éprouvants de son ministère, après les tentatives de départ ou les heures les plus noires de découragement et d’angoisse, il « manifestait qu’il ne perdait pas de vue les oeuvres entreprises et qu’il voulait mener à bien, reprenant son activité habituelle en homme qu’aucune initiative n’effrayait, effectuant à lui seul un travail capable de tenir en haleine toute une équipe ». Il surveillait, il construisait, enseignait, partait - son bol de lait à la main - visiter les malades, réunissait ses collaborateurs, écrivait, lisait, était proche des pauvres, et tout cela, en dehors des quinze heures de confession, des messes et des temps de prière. De plus, il occupa, directement ou indirectement pour ses constructions et celles du pèlerinage, l’entrepreneur du pays avec huit maçons et trois charpentiers. Le Curé d’Ars, aussi sûr de lui dans son apostolat que dans sa vie intérieure, a maintenu avec fermeté un esprit d’initiative et une capacité de décision inébranlables qui ont conduit le village d’Ars à des transformations irréversibles, autant sur le plan spirituel que social. En ce lieu et face à tant de monde venu d’ailleurs, l’Évangile a été vécu sans réserves...




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2. Comme un veilleur




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Si nous avons commencé en parlant de l’oeuvre apostolique, il faut maintenant en dévoiler la source et le point d’appui : l’union à Dieu. La spiritualité du Curé d’Ars apparaît beaucoup plus lorsqu’on le suit pas à pas que dans une analyse rigoureuse. Elle est caractérisée essentiellement par l’adhésion à Dieu, l’ouverture à sa présence et à sa miséricorde infinie. Accord de l’homme à Dieu et donc accord des hommes entre eux, dans la patiente reconstitution des liens fraternels brisés et la lutte contre l’émiettement, la désagrégation intérieure manifestée par le péché. M. Vianney, par sa prière et son extraordinaire clairvoyance, fut un veilleur.D’abord par sa prière. Je songe au psaume 62 : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi. Après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau. » On ne peut, chez le curé d’Ars, traiter cet aspect comme les autres. Nous approchons en effet ici du foyer ardent à partir duquel tout s’est réalisé et tout doit se comprendre. Le lien très fort entre Monsieur Vianney et Dieu, ce qu’il a essayé d’en dire, ce que des témoins ont réussi à soustraire à sa discrétion, permettent de penser que c’est dans le silence des heures d’adoration que s’est jouée toute l’histoire d’Ars.




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Sa vie a été structurée par la prière dont il affirmait la nécessité : L’homme est un pauvre qui a besoin de tout demander à Dieu. Ce spirituel exigeant s’efforçait pourtant de rendre la prière accessible à tous. Je ne sais pas prier, lui disait-on souvent. Ça ne fait rien, répondait-il, on n’a pas besoin de tant parler pour prier. On sait que le Bon Dieu est là, on lui ouvre son coeur, c’est la meilleure prière celle-là. Il arrivait à parler avec une grande simplicité des choses les plus élevées de la foi. La prière était pour lui un témoignage d’absolu et devint ainsi, pour de nombreuses personnes en recherche, une indication, voire un accès au mystère de l’union possible entre Dieu et l’homme, communication entre le visible et l’invisible, présence dans l’absence : L’âme ne peut se nourrir que de Dieu, il n’y a que Dieu qui lui suffise, il n’y a que Dieu qui puisse rassasier sa faim.On connaît ces belles images dont il avait le secret: La prière est comme le feu qui gonfle les ballons et les fait monter vers le ciel, ou encore dans sa catéchèse aux enfants : L’âme et Dieu sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble, on ne peut plus les détacher. Comment également ne pas rappeler la célèbre réponse que lui fit le cultivateur Chaffangeon à qui le Curé d’Ars demandait : Que faites-vous là, mon ami, en silence devant le tabernacle ? « Eh! Monsieur le Curé, j’avise le Bon Dieu et il m’avise.... »




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Pour le Curé d’Ars, cette prière était au service du monde, conduisant à une sorte d’«élargissement » du champ de vision et de l’existence. Il en fit un service public, l’église devenant le lieu visible de la présence de Dieu, de sa tente plantée dans la terre des hommes. Il est là ! Il est là au milieu de vous... il est là pour vous ! Nous travaillons avec lui, nous marchons avec lui, nous souffrons avec lui ! Le pasteur qu’il était se sentait responsable d’un certain cours des événements dans lequel l’homme est partie prenante, la vie intérieure étant nécessaire à l’équilibre et entrant dans la définition complète de l’humanité. Ce dynamisme invisible, ce ressourcement dans lequel l’homme n’est jamais passif, ont conduit le Curé d’Ars à une telle progression, que son action, aussi intense que son oraison, finit par rayonner d’une « autre présence ». Cela donna lieu à certains signes extraordinaires qu’il voulut attribuer non pas à lui-même, mais à la seule confiance en Dieu. Il nous faut bien saisir ici l’unité entre prière, confiance et signes. Ce que l’on appelle les miracles dans l’histoire d’Ars, ne doit pas être considérés hors du contexte de foi et de confiance, hors de cette union à Dieu que représentait le ministère du curé. Le Curé d’Ars était « comme une lampe allumée ». Depuis ses premiers jours dans la paroisse, où, bien avant l’aube, il rejoignait l’église silencieuse, sa lanterne à la main, jusqu’aux dernières journées épuisantes, où il était étouffé par la foule et cassé par la fatigue, il puisa en Dieu seul sa force et sa foi.




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Là se trouve également la raison de sa grande clairvoyance. Que n’a-t-on pas dit sur le voyant, le prophète et même le médium d’Ars ? Non sans raison, car les faits se succédèrent rapidement, conduisant, dès 1830, bien des pèlerins et paroissiens à dire ce qu’ils constataient, avec des expressions que l’on n’avait encore jamais osé employer: Monsieur Vianney lisait dans les consciences, devinait au fond des coeurs, voyait à distance, pressentait des faits qui se déroulaient par la suite. Il n’est guère possible, dans un cadre aussi court, de développer cet aspect incontestable, qui peut avoir des résonances psychologiques et philosophiques précises, mais il nous faut le situer ici dans l’expérience spirituelle du pasteur et à partir du nouveau rapport introduit dans sa vie entre le temps et les événements. Un témoin rapportait : « Je crois que M. Vianney était toujours uni à Dieu. » Et l’abbé Monnin, l’un de ses premiers biographes, notait : « Ce qui distrayait habituellement les hommes, contribuait à l’unir continuellement à Dieu. » Il est certain que la totale ouverture intérieure à laquelle il parvenait, visible matériellement dans ses temps de prière, le conduisait à une communion exceptionnelle avec Dieu. C’est ainsi qu’il put atteindre rapidement une sorte d’immédiateté dans la connaissance, une simultanéité d’existence et de conscience avec son environnement. Il y a là une logique interne de l’ordre de la Révélation et que le Curé d’Ars, d’ailleurs fort justement, faisait relever du Saint Esprit : Ceux qui sont conduits par le Saint-Esprit ont des idées justes... Quand on est conduit par un Dieu de force et de lumière, on ne peut pas se tromper... L’oeil du monde ne voit pas plus loin que la vie, l’oeildu chrétien voit jusqu’au fond de l’Eternité.



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MessageSujet: Re: Un grand témoin spirituel, Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars/par Mgr André Dupleix/   Un grand témoin spirituel, Saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars/par Mgr André Dupleix/ Icon_minitimeVen 17 Fév - 8:53



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 Il s’agit bien ici d’une intuition de la totalité, d’une irruption du temps de Dieu dans les événements de l’histoire et de chaque vie humaine. « Le Curé d’Ars n’a pas les yeux faits comme les autres », disait un incroyant, après avoir constaté une intuition qui le bouleversait. Et quelqu’un d’autre ajoutait : « Jusque dans la conversation, on était frappé de son regard qui vous transperçait et semblait voir les choses de l’autre monde. » C’est à partir de l’union à Dieu et de la prière qu’il faut comprendre les faits et leur influence. Monsieur Vianney, surtout préoccupé de la qualité du rapport à Dieu, semblait peu se soucier d’en exploiter les conséquences sensibles. Il se montra plusieurs fois étonné de ce qu’il voyait, et l’on connaît les fameuses répliques non dénuées de bon sens : J’ai fait comme Caïphe, j’ai prophétisé sans le savoir... Je suis comme les almanachs, quand ça se rencontre, ça se rencontre. Pourtant, lorsqu’on insistait auprès de lui, il lui arriva de répondre : Je le sais comme si quelqu’un me l’avait dit. L’homme ne se mettait pas au centre mais se savait médiateur... Il ne fit jamais de son discernement un pouvoir, mais un service. Il ne disposa pas pour lui-même de ce qu’il recevait de Dieu. L’une des preuves en est que ce discernement n’était pas toujours égal et qu’il lui arrivait même parfois de ne pas en maîtriser le contenu. On pourrait aussi s’interroger à l’infini sur la simultanéité en lui de la connaissance et de l’angoisse, de la science intérieure et de l’hésitation. Ce qui est certain, c’est qu’il n’eut véritablement qu’un but : le salut de ceux qui lui étaient confiés, leur accompagnement spirituel, leur conversion à l’Amour de Dieu. Tout ce qu’il pouvait sentir ou pressentir était immédiatement livré, dans une sorte de hâte à prévenir ou à encourager. Là se définit aussi le rôle du témoin, placé comme un vigile au centre du temps... Dans sa prière et par son discernement, M. Vianney voulait rester debout à son poste de garde...




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3. Le Don de Dieu




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Les mots et les faits caractérisant le message d’Ars traduisent une conviction dont tout le reste dépend : Dieu est là. Il est là dans le sacrement de son Amour. Il est là parce qu’il se donne. Ici peut être perçu un nouveau trait de la spiritualité de Monsieur Vianney, lié à ce que nous venons de dire : être signe de la Présence. L’ouverture à la présence de Dieu conduisant à manifester cette présence en étant soi-même présent dans la vie des hommes, en partageant leur travail, leurs souffrances et en devenant au milieu d’eux un témoin de l’espérance évangélique.Le souci de la Présence va unifier la vie du Curé d’Ars et les deux grands signes visibles que seront l’Eucharistie et le Pardon. La foi, expérience de la présence de Dieu dans l’existence, permettant de vivre en un même mouvement, le Don et le Pardon, l’Eucharistie et la Réconciliation. Si, pour des raisons que nous savons, liées au flot incontrôlé des pèlerins, le ministère du confessionnal devint, et de loin, le plus important, Monsieur Vianney ne le sépara jamais, même dans l’épuisement de ses forces, de la célébration eucharistique, de la prédication ou des visites pastorales, manifestant ainsi l’unité du Don de Dieu à ceux qui lui étaient confiés.




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L’Eucharistie est, pour le Curé d’Ars, le sacrement le plus explicite de l’Amour en acte de Dieu, réalisation de la fidélité de l’Alliance. Il n’y a rien de si grand que l’Eucharistie... Aucune abstraction dans la foi du pasteur. On peut même dire rien qui rappellerait les subtilités des débats théologiques. Il s’appuie sur la tradition de l’Église, tout en la précédant constamment du fond de sa méditation personnelle. Pour lui, l’histoire du Salut et le sens de l’Eucharistie se résument en cette assurance que Dieu ne peut se résoudre à nous laisser seuls sur la terre. Il veut que nous ayons le bonheur de le trouver toutes les fois que nous voudrons le chercher.Dieu est là, Jésus est là... Cette évidence que rien ne semblait pouvoir remettre en cause, a fortement impressionné les pèlerins et les fidèles qui sentirent peu à peu comme une matérialisation de la présence de Dieu, sans que jamais cependant le langage ne dévie vers une dépréciation de la transcendance et du mystère ou sans que soit minimisée la dimension sacrificielle de l’Eucharistie. Mais l’essentiel était d’abord un constat spirituel : la présence de Dieu était garante de la vie et de la route des hommes. Dieu veillait pour rappeler son Amour et sa volonté de conduire l’homme vers sa lumière.




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Il est là, je vous le dis, il est là..., répétait-il souvent avec émotion, se retournant alternativement vers l’autel auprès duquel il avait fait construire une chaire plus petite, de façon à ne pas tourner le dos à la Présence en commentant la Parole. Vous ne me voyez pas, dit Dieu, mais ça ne fait rien. Demandez-moi tout ce que vous voudrez, je vous l’accorderai. La célébration de la messe était aussi commémoration de la mort sacrificielle du Christ. Sur ce point, le Curé d’Ars usait des expressions et des mots donnant à cet aspect sa dimension la plus dynamique : La messe est l’oeuvre de Dieu. Elle est un geste d’Amour. S’il employait surtout dans les premiers sermons, les expressions de la théologie traditionnelle, on le sentait pressé de les traduire autrement. Pour lui, la passion et la mort du Christ étaient les signes du plus grand Amour, celui, vécu dans l’abandon total de soi entre les mains du Père, celui qu’il essaiera de vivre, lui, le prêtre d’Ars à chaque heure de son ministère.



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Un point important, et celui sur lequel le Curé d’Ars, fidèle à sa pensée, se montra le plus original et indépendant, par rapport à l’environnement de son temps, c’est le lien établi entre l’Eucharistie et la communion. En plein contexte encore marqué par la réserve janséniste, il insista progressivement sur la communion fréquente : La communion fait à l’âme comme un coup de soufflet à un feu qui commence à s’éteindre, mais où il y a encore beaucoup de braise. Pour lui, le chrétien ne peut rester éloigner longtemps de la table où est répandue la vie. Venez à la communion, venez à Jésus, venez vivre de lui, afin de vivre pour lui. Et cela, même si le péché harcèle l’homme : Ne dites pas que vous n’en êtes pas dignes. C’est vrai, vous n’en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin... L’Eucharistie est bien le sacrement de la vie et de la renaissance, parce qu’il concrétise et réalise l’union entre Dieu et l’homme. Ô homme, que tu es grand, nourri et abreuvé du corps et du sang d’un Dieu. Mon âme, que tu es grande puisqu’il n’y a que Dieu qui puisse te contenter.




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Don et Pardon. Eucharistie et Réconciliation. Même geste d’un Dieu qui vient pour faire naître l’homme. Si le Curé d’Ars fut un homme eucharistique, c’est par son ministère de confesseur qu’il est peut-être, surtout, passé à la postérité. On peut dire sans erreur que Monsieur Vianney n’avait pas au départ de préférence marquée pour la confession, sa foi et sa spiritualité étant plutôt eucharistiques. On peut également penser que, pour cet homme actif, passionné de contacts et d’initiatives pastorales, l’immobilisation à laquelle il fut contraint le fit souffrir et déplaça nettement les pôles de sa responsabilité et de son influence spirituelle. Il semble malgré tout que, par le moyen de ce sacrement, il paracheva l’unité de son témoignage en faisant de la réconciliation, dans la tracée eucharistique, la manifestation la plus forte de l’Amour sauveur de Dieu. Le pardon doit être compris, dans la pensée et les gestes du Curé d’Ars, par rapport au grand angle du salut. Dans ce cadre, la confession n’est pas une accusation honteuse, mais Dieu lui-même qui court après l’homme et le fait revenir à lui parce que son plus grand plaisir est de pardonner, et qu’il ne cesse de poursuivre l’homme de sa grâce. En ce sens, pour lui, dans la vie du prêtre, le ministère de la miséricorde est un geste essentiel, quelle qu’en soit l’ampleur : Je chargerai mes ministres d’annoncer aux hommes que je suis toujours prêt à les recevoir, que ma miséricorde est infinie...




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Pendant près de trente ans, depuis le développement spectaculaire constaté dès 1828, Monsieur Vianney fut rivé au confessionnal, devenu pour beaucoup le seul lieu de rencontre avec celui que l’on appelait déjà le « saint ». Il faut se rendre compte de ce que représentait, vers 1850, une confession à Ars. Trois à quatre cents personnes arrivant tous les jours, la plupart souhaitant un tête à tête, c’est-à-dire quelques instants de confession. Des files de pénitents se constituaient jour et nuit. Il n’était par rare qu’il faille attendre entre cinquante et soixante heures. Certaines personnes patientèrent huit jours... M. Vianney descendait confesser vers une heure du matin. On sonnait l’Angélus pour avertir les pèlerins. Il confessait les femmes, puis les hommes de huit heures jusqu’à onze heures où il faisait le catéchisme. À nouveau, les femmes de treize heures jusque vers dix-sept heures, puis les hommes jusque vers vingt heures. Il retrouvait alors ses collaborateurs, priait, lisait et dormait entre deux et trois heures. À une époque où les confesseurs étaient plutôt rigoureux – il le fut d’ailleurs lui aussi – faisant revenir souvent les pénitents avant le pardon, Monsieur Vianney évolua lentement, passant d’une exigence incontestable les premiers temps à une attitude plus compréhensive et marquée par l’Amour plus que par le jugement. On connaît sa réplique à un confrère lui reprochant trop d’indulgence pour les fautes graves : Je vais vous dire ma recette... Je leur donne une petite pénitence et je fais le reste à leur place ! Il ne faut pas les décourager... Vraiment puis-je être sévère pour des gens qui viennent de si loin et sont bien souvent obligés de se cacher pour venir ici... Et combien de fois ne dit-il pas à des pénitents hésitants : Je suis bien plus coupable que vous! Ne craignez pas de vous accuser...




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Une raison à tout cela : si le salut était le grand angle du pardon, c’est l’Amour qui était le grand angle du salut. Une de ses catéchèses aux enfants le dit de façon belle et précise : Pourquoi mon Dieu m’avez-vous mis au monde ? - Pour te sauver - Pourquoi voulez-vous me sauver ? - Parce que je t’aime. Le salut, pour le Curé d’Ars, c’était voir Dieu... Nous le verrons, nous le verrons, mes frères. Y avez-vous jamais pensé ? Nous le verrons tel qu’il est, face à face... Nous le verrons. Par contre, et de façon absolument antinomique, la perte de salut était absence. Aucune description fantastique de l’enfer ou de la damnation, mais plutôt le constat, beaucoup plus douloureux, de l’éloignement de Dieu et d’avoir perdu le pouvoir d’aimer..., d’avoir le coeur desséché comme la grappe passée sous le pressoir. Plus de bonheur parce qu’il n’y a plus d’Amour... Il lui arriva même de dire cette étonnante et audacieuse parole, inattendue mais mystérieusement exacte : L’enfer prend sa source dans la bonté de Dieu. Autrement dit : c’est parce que Dieu découvre à l’homme une immensité de lumière et d’Amour, qu’il laisse exister, par l’acte libre du péché, son contraire : les ténèbres et la malédiction. Don et Pardon, telle est la réalisation de la présence de Dieu que manifesta l’homme d’Ars, dans son humilité et sa détermination.




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4. Un homme libre




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Le qualificatif « libre », appliqué au Curé d’Ars, peut sembler inattendu, surtout si l’on propage - à tort - l’image d’un prêtre à l’ascétisme troublant, à la modestie exagérée ou aux ténébreux combats contre le démon. Rien de tout cela ne doit pourtant être écarté ou méconnu, mais replacé dans un contexte positif, celui d’une vie intérieure résolument orientée vers un but unique auquel tout était ordonné lucidement et avec perspicacité. C’est par son humilité et son courage que le Curé d’Ars fut un homme libre, ces deux aspects entraînant d’ailleurs paradoxalement chez lui une prédisposition à l’humour, même dans les moments les plus difficiles. L’humilité de Monsieur Vianney est, sans conteste, le côté le plus impressionnant de sa vie, surtout lorsqu’on mesure la disproportion entre ce qu’il pensait ou disait de lui-même et ce que l’on en découvrait. Le Bon Dieu qui n’a besoin de personne se sert de moi pour ce grand ouvrage, quoi que je ne sois qu’un prêtre sans science. Là réside peut-être le secret d’une extrême modestie frisant la provocation, tout en étant le signe d’une ferme liberté intérieure. C’est le rapport entre l’humilité et la liberté qui permet de comprendre la physionomie déconcertante de l’homme. Il ne voulait aucun obstacle entre lui et Dieu et se considérait comme un instrument au service de la Parole. L’humilité n’était point écrasement ou démission, mais vérité et lucidité nécessaires pour lui-même afin de mener jusqu’au bout le choix qu’il avait fait.




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Pour Monsieur Vianney, la véritable grandeur de l’homme consistait à laisser Dieu agir en lui, le renoncement étant alors disposition à faire le bien. Restez dans la simplicité, plus vous resterez dans la simplicité, plus vous ferez le bien. « Monsieur le Curé, comment faire pour être sage ? », lui demandait un jour quelqu’un. Mon ami, il faut aimer Dieu, et pour aimer Dieu, humilité ! humilité ! c’est notre orgueil qui nous empêche de devenir des saints. Lorsqu’on osait évoquer devant lui la légitime satisfaction qu’il aurait pu avoir devant son oeuvre, il s’en défendait: Non, mon ami, ce n’est point là ma tentation. Je n’ai pas de peine à me persuader que ce n’est pas moi qui fais tout cela... Je suis un pauvre ignorant, j’ai gardé les moutons. C’est le Bon Dieu et Ste Philomène qui font tout cela. Ma tentation, c’est le désespoir. J’ai peur d’être hypocrite devant Dieu... Cette humilité fit du Curé d’Ars un soleil pour les pauvres, les petits, les abandonnés. Il leur donnait tout. Les pauvres sont les amis de Dieu, disait-il... Je n’ai jamais vu quelqu’un se ruiner en faisant des bonnes oeuvres. L’argent dont il disposait vers la fin de sa vie, était immédiatement donné à toutes ses oeuvres et toujours aux pauvres. Il ne gardait rien pour lui. Pour ce prêtre, toujours pauvrement habillé et qui disait qu’une vieille soutane va bien avec une belle chasuble, seul comptaient le don anonyme et l’ouverture systématique du coeur et de la maison à ceux qui étaient dans le besoin.




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La liberté apparaissait dans son caractère. Monsieur Vianney était le contraire d’un homme insignifiant. Nombreux sont les témoignages sur ce point : malgré sa petite taille et sa maigreur, il ne passait pas inaperçu : un front large et haut, un menton volontaire, des yeux bruns d’une vivacité étrange, d’où jaillissaient des regards clairs, profonds et scrutateurs. « Ils s’arrêtaient avec insistance sur un visage, précise Bernard Nodet, et semblaient le transpercer jusqu’à l’âme. » Il était de tempérament vif et nerveux et se contenait souvent pour ne pas s’emporter. Lorsque des personnes l’agaçaient, il tordait avec violence le mouchoir qu’il tenait dans ses mains. Quoique son corps fût apparemment fragile, il était de constitution robuste, capable, disait-on, « de relever à l’occasion, tout seul, une bannière demandant la force de plusieurs hommes ». Son intelligence était rapide et « voyait d’un coup le mot qu’il pouvait répondre à des questions saugrenues ». Monnin précise qu’il avait « une grande sagesse pratique, un coup d’oeil sûr et prompt, un esprit fin et judicieux. Cet homme, si dur avec lui-même, était aimable, savait sourire, avait des réparties fines et spirituelles ». Il avait incontestablement un sens paysan du pittoresque, pouvant déclencher l’hilarité par certaines répliques inattendues. Quelques-unes sont restées célèbres et l’on peut prendre le temps de les citer :




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« Monsieur le Curé, lui disait un jour un homme à la face épanouie et à la forte corpulence, quand vous irez au ciel, je tâcherai de m’accrocher à votre soutane. - Ô mon ami, gardez-vous en bien, la porte est étroite - et, jetant un oeil malicieux sur l’embonpoint de son interlocuteur -, nous ne passerions sûrement pas ensemble... Un jour, un vieux Voltairien lui demanda : « Alors, Monsieur le Curé, il parait que vous voyez le diable ? - Parfaitement, lui répondit-il en le fixant droit dans les yeux... Je vois le diable ! Une religieuse lui disait avec bonhomie : « On croit généralement, mon Père, que vous êtes un ignorant ! - On ne se trompe pas, ma fille, mais c’est égal, je vous en dirai encore plus que vous ne pourrez en faire... Et jusque pendant sa grave maladie de 1843, voyant toute la faculté à son chevet, il murmura : Je soutiens en ce moment un grand combat. - Et contre qui, Monsieur le Curé ? - Contre quatre médecins... S’il en vient un cinquième, je suis mort !




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Libre, il le fut par rapport aux honneurs : légion d’honneur au titre de sa célébrité européenne - il ne la porta jamais -, camail de chanoine qui lui fut remis par l’évêque et qu’il s’empressa de revendre pour ses pauvres, non sans écrire : Monseigneur, le camail que vous avez eu la bonté de me donner me fait grand plaisir car, ne pouvant achever de compléter une fondation, je l’ai vendu cinquante francs : avec ce prix j’ai été content. Libre, il le fut par une grande capacité d’adaptation qui, en particulier, ne lui fit jamais imposer aux autres ce qu’il ne jugeait nécessaire que pour lui-même, spécialement en matière de privation et de mortification. Lorsqu’il recevait ses confrères, lui l’ascète, dans sa cuisine dépouillée, il le faisait si bien que, chose inattendue, Ars acquit la réputation dans le clergé d’être la meilleure table du canton lorsque s’y déroulaient les « conférences ecclésiastiques... ».




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Mais c’est par son courage et sa résistance exceptionnelle à toutes les épreuves que se manifesta probablement le plus sa liberté. La vie de Monsieur Vianney ressemble à une douloureuse alliance entre les souffrances les plus vives et une confiance intérieure qui garda toujours le dessus. Il laissera plusieurs fois échapper : Si j’avais su tout ce que je devais souffrir en arrivant dans cette paroisse, je crois que je serais mort de chagrin. On ne peut que constater combien cet homme, guide lumineux pour tant de monde, fut souvent rongé lui-même par des doutes persistants et d’éprouvantes remises en question. Il ne cessa pourtant jamais de maintenir les choix faits au départ et Mgr Fourrey a raison de remarquer 11 que « dans les annales de la sainteté, le prêtre qu’a peut-être, plus que tout autre, torturé la tentation du désespoir, demeure le plus héroïque témoin de l’espérance. »

Le courage chez lui dépendait de la nécessité intérieure de la conversion, et c’est ici qu’il faut parler en termes positifs de son ascèse et de sa capacité d’abnégation. Pour lui tout moyen humain devait permettre une ouverture à la cause supérieure de l’Amour : Tout quitter pour tout avoir... Plus les corps auront été mortifiés, plus ils brilleront comme des diamants... Il n’y a que le premier pas qui coûte, dans cette voie de l’abnégation... Quand on a cette vertu, on a tout. Chez le Curé d’Ars, la vertu était beaucoup plus considérée comme un dynamisme que comme une contrainte. Il restera dans ce domaine également plus libre qu’on ne l’a cru, modifiant peu à peu les moyens de sa mortification et ne commettant jamais de véritable imprudence qui aurait entravé sa résistance physique, dont il faut reconnaître qu’elle fut hors du commun, même s’il aimait dire : J’ai un bon cadavre... à la campagne on est dur, après que j’aie mangé n’importe quoi ou que j’aie dormi deux heures, je peux recommencer. Les épreuves qui l’assaillirent furent nombreuses, les plus dures étant les épreuves morales et spirituelles. Elles vinrent de toutes catégories de situations et de personnes : incompréhensions et jalousies des confrères, dénonciations, calomnies : J’ai été bien contredit, bien bousculé. Oh ! j’avais des croix... plus que je ne pouvais en porter. L’épreuve la plus redoutable était certainement la nuit intérieure qu’il traversa si souvent et où il fit l’expérience de tant de mystiques : l’écartèlement de la croix. Pourtant il pouvait s’écrier: La croix ! La croix fait perdre la paix ? Mais non ! c’est elle qui donne la paix au monde. Toutes nos misères viennent de ce que nous ne l’aimons pas... La croix couvrira toute l’histoire d’Ars, sans que pèlerins ni paroissiens n’en mesurent l’intensité.




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Et c’est ici qu’il faut parler de la lutte engagée très vite dès son arrivée entre M. Vianney et le « Grand contradicteur » : Satan, c’est-à-dire, au sens étymologique, l’Adversaire, l’Accusateur. Ses manifestations étonnantes et mystérieuses ont souvent défrayé l’histoire d’Ars, peut-être trop au goût de Monsieur Vianney, qui était le seul à savoir, au fond de lui-même, ce dont il s’agissait : le combat entre l’Amour et la mort... Si j’accorde, de fait, moins de place à cet aspect pourtant incontestable de l’histoire d’Ars, c’est d’abord parce qu’on en a trop dit, mais aussi par fidélité à l’attitude même du saint curé qui voulait que l’on parle avant tout du salut et de l’Amour, que l’on suive le Christ et que l’on évite le mal. C’est d’ailleurs à partir du témoignage résolument positif d’Ars que l’on peut dire quoi que ce soit sur ce qui est venu le contredire ou s’y opposer. C’est parce que Jean-Marie Vianney atteint un tel degré d’unité intérieure et d’intensité spirituelle, une telle disponibilité dans l’Amour, que se sont déchaînées les forces contraires, passant du monde invisible de l’angoisse intérieure à la matérialisation inquiétante, aux bruits, aux cris, aux perturbations. Rien d’étonnant en cela, mais plutôt de quoi faire réfléchir sur les paroles de l’humble curé d’Ars rappelant que le diable a son pouvoir et s’en sert pour aveugler le monde, qu’il roule sur la terre pour jeter dans le désespoir, mais que, s’il est bien fin, il n’est pas fort. Il ne peut rien face à la Croix ou à la grâce...




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Si Dieu est le sens, Satan est le non-sens. Si le Christ est la voie, Satan est l’obstacle. Si Dieu est celui qui appelle à la communion, Satan est celui qui arrache, qui agrippe pour attirer et garder en son monde de contradiction. Satan, le grappin, comme le dira si justement M. Vianney, avec un bon sens que l’on a parfois oublié, ne mettant que trop souvent en valeur dans sa vie les détails scabreux ou effrayants. Mais peu à peu, le « Grand contradicteur » constata son échec et se retira à proportion que le saint gravissait la dernière montée de sa mission, épuisé mais transparent, traqué mais jamais abattu, debout jusqu’à la dernière heure et l’ultime montée vers la rive éternelle : Mon Dieu, je vous aime, grandissez mon Amour pour vous, dans mon coeur, davantage, de ce moment-ci jusqu’à ma mort. Les portes de lumière s’ouvrirent le jeudi 4 août à deux heures du matin. Monnin rapporte : « Au moment où je prononçais ces paroles : ‘Que les saints anges de Dieu viennent à sa rencontre’, sans agonie, sans lutte, sans secousse, sa respiration s’éteignit et il s’endormit paisiblement dans le sein du Seigneur. » L’orage grondait sur Ars, mais l’aube était proche...




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En laissant défiler devant nos yeux, comme nous l’avons fait, même rapidement, les diverses phases, les différentes couleurs de cette vie étonnante et, sur bien des plans, paradoxale, n’avons-nous pas l’impression qu’elle a réalisé jusqu’aux limites du possible la conviction de St Jean: « Dieu est Amour » (1 Jn 4,8 ) ? Seul l’Amour en son sommet a guidé cet homme, faisant de lui un persévérant, un insistant, un témoin des « profondeurs de Dieu » (1 Co 2,10). En le nommant à la chapellenie d’Ars en Dombes, le vicaire général lui avait dit « Il n’y a pas beaucoup d’Amour du Bon Dieu dans cette paroisse, vous y en mettrez ! » La mission a été accomplie et le contrat tenu. Le grand oeuvre de quarante années de ministère fut un service de la charité et de la réconciliation, manifestations concrètes de ce qu’est l’Amour en lui-même, de ce qu’il est en Dieu. « Dieu agit en Dieu » disait Monsieur Vianney… Quelles paroles puissantes de sens, dans la bouche d’un homme qui ne pouvait effectivement concevoir l’union à Dieu sans conséquences immédiates dans la vie quotidienne ! A un pèlerin qui lui demandait un jour : « En aimant, comment aller à Dieu ? », il répondit vivement : Alors là, mon Ami, comme un boulet de canon!




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Pour lui, l’Amour était le premier don de Dieu : O mon Dieu, que vous nous avez aimés... Son Amour est de tous les instants et d’une intensité égale. Qu’aimerons-nous si nous n’aimons pas l’Amour ? S’il y a dans le message d’Ars, comme dans celui de tous les saints de l’histoire, une telle insistance sur le contenu résolument positif de l’Évangile et de la foi, c’est par nécessité interne face aux exigences profondes de l’homme. Il peut se faire qu’une personne, sortant de ses propres limites, devienne témoin universel et qu’à travers les éléments dynamiques et permanents de sa vie, surgisse un appel adressé à l’humanité dans sa diversité. Le Curé d’Ars nous semble aujourd’hui porteur de cet appel. Il nous aide à proclamer à nouveau, incessamment, la certitude de la Résurrection.




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Le Christ est vivant et son Amour devient notre Amour, pour prendre en charge tant de situations où nous pouvons être signes d’apaisement et de solidarité, signes d’un Dieu proche de toutes les détresses humaines et force de libération partout où l’homme est écrasé et réduit au silence. Le Christ est vivant pour qu’à travers toutes nos nuits, toutes nos croix, jamais nous ne désespérions de nous mêmes, appelés à recevoir son pardon qui relève et fait renaître. Le Christ est vivant pour que nous dépassions les peurs qui nous cisaillent et pour que nous connaissions d’authentiques moments de joie. Le Christ est vivant pour que l’Espérance ne soit pas un vain mot. Tel est, me semble-t-il, le sens présent du message lancé aujourd’hui comme un défi venu de la pauvreté et de l’humilité à notre temps rassasié de systèmes et de doctrines, surpris par sa fragilité accrue, mais qui reste accessible à la sincérité et à la bouleversante provocation de l’Amour. L’homme d’Ars est passé, muni de son étonnante confiance et du secret impénétrable de son intimité avec Dieu, mais il ne s’est pas éloigné... Et son village, devenu cité universelle de réconciliation, appelle encore à lui tous ceux qui sont en quête de vérité ou d’une Parole qui les renouvelle. Autour de lui, ce sont encore aujourd’hui les mêmes soupçons, les mêmes sourires, les mêmes oppositions. Ce sont aussi les mêmes foules assoiffées, dont il est responsable et qu’il ne cesse de conduire et de guider, par son invisible présence. Faut-il quelqu’un pour déceler, en chaque vie, les feux de l’aube ?




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